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PAR DAVID PORTIER ET STEPHANE DELOGU

L’histoire a retenu les exploits des parachutistes Américains et Anglais du Jour J, ce à juste titre. En revanche, elle a occulté ceux des paras de la France Libre. Au moment même ou le ciel Normand s’ornait de milliers de corolles , quatre sticks du 2ème Régiment de Chasseurs Parachutistes  étaient largués dans le Morbihan et les Côtes d'Armor. Qui sait  aujourd’hui que le premier soldat allié tombé sur le sol le 6 juin 1944 est Français ? Retracer leur parcours était la moindre des choses que nous puissions faire pour la sauvegarde de leur mémoire.

Tenue du French Squadron au Moyen-Orient ? (ils ne portaient pas encore le béret noir). Le short est d'usage courant, bien que chacun reste relativement libre dans ses choix. L'incontournable Battle dress est ornée du brevet des Parachutistes de la France Libre (à droite) et du brevet britannique sur la manche. A gauche sur la poitrine, le blouson porte les « Ailes Egyptiennes », distinction remise à un élément du SAS lorsqu’il a réalisé au moins trois missions. Le béret noir est orné de l'insigne des troupes aéroportées britanniques auquel les Français ont retiré la couronne royale, en signe d'indépendance. La tenue est complétée par l'indispensable Keffieh (serre-tête en laine) et la Chechia (pièce d'étoffe beige). 

Entraînement des S.A.S français en Grande Bretagne. La tenue est celle des parachutistes britanniques. Seul le béret noir avec l’insigne porté à droite les différencie de leurs camarades.

 

 


LIENS UTILES

le musée de la résistance Bretonne à Saint Marcel


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PARAS S.A.S 1940.1945
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Long Range Desert Group


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Bibliographie
« D-day en Bretagne »
par Philippe Lejuée et Gaétan Voltek
39-45 magazine, n° 57
Editions Heimdal, 1991

Historia Magazine
n° 31, 2ème trimestre 1968
Editions Taillandier
 

LES DEBUTS

Dès le 15 septembre 1940, le général de Gaulle constitue en Grande-Bretagne la 1ère Compagnie d’Infanterie de l’Air placée sous le commandement du capitaine Georges Bergé. 
Un premier groupe d’une trentaine d’hommes, en majorité des évadés de France et des blessés de Dunkerque, permet de former une section. Pendant deux mois, les hommes subissent un entraînement intensif dans un centre d’instruction mis à leur disposition dans le Kent puis, le 20 novembre, ils prennent la direction de la base de Ringway, centre de formation des parachutistes britanniques situé près de Manchester. Après six sauts effectués par la trappe d’un vétuste « Whitley » - bombardier Anglais - l’ensemble du groupe, soit deux officiers, quatre sous-officiers et dix-neuf hommes de troupe, est breveté parachutiste le 25 décembre.

De retour à Camberley, dans le Surrey, les hommes reprennent leur instruction. Bientôt, l’arrivée de nouveaux volontaires permet de former deux sections supplémentaires et au mois de mai 1941, la 1ère C.I.A. comprend près d’une centaine d’hommes. Le capitaine Bergé et quelques éléments sont alors envoyés en stage dans un château du nord de Londres. Là, les hommes sont formés à la technique du sabotage. Ils apprennent à manipuler le plastic, explosif jusqu’alors inconnu, à confectionner des charges et à atteindre un objectif. Le 15 mai, l’unité s’installe à Exbury et là, les hommes subissent un entraînement commando très poussé.

Dans la nuit du 14 au 15 mars 1941, le capitaine Bergé et quatre hommes sont parachutés près d’Elven dans le Morbihan. La mission Savannah est la première mission parachutée en territoire occupé et consiste à attaquer un véhicule qui transporte les pilotes du KG 100, une unité de la Luftwaffe chargée de baliser les objectifs pour les bombardiers allemands lors des raids nocturnes contre les villes britanniques. Cette première mission est riche d’enseignements. La mission Josephine B est parfaitement réalisée. Dans la nuit du 11 mai, trois parachutistes français sont largués en Gironde et parviennent à détruire la centrale électrique de Pessac.

Fin juin, le général de Gaulle, présent à ce moment au Caire, ordonne l’envoi de la 1ère C.P. au Moyen-Orient. Finalement, une section reste à Exbury et va former le service de renseignement, futur BCRA. Les hommes sont formés à l’action clandestine et la plupart d’entre eux seront parachutés en France dans les mois qui viennent. Ces combattants acquitteront un très lourd tribut dans la lutte pour la libération de leur pays. Bien peu d’entre eux seront encore vivants lorsque l’armistice sera signé en 1945.

Dans le même temps, une cinquantaine d’hommes embarquent le 21 juillet à Glasgow et partent en direction du Levant. Fin septembre, la 1ère Compagnie Parachutiste s’installe près de Damas. Après de nombreuses discussions avec l’Etat-major du Moyen-Orient, le capitaine Bergé obtient enfin que ses hommes soient rattachés au Special Air Service du major David Stirling. Le 1er janvier 1942, une trentaine de parachutistes français arrivent au camp de Kabrit en Egypte.
Le fameux French Squadron gagne alors ses lettres de noblesse. Cette fois, il ne s’agit pas de combattre dans l’ombre mais d’affronter face à face un ennemi redoutable: l’Afrika Korps de Rommel. Les opérations aéroportées, bien trop aléatoires dans le désert, sont très vite abandonnées au profit d’actions éclaires grâce au soutien des véhicules du Long Range Desert Group du major Ralph Bagnold. 
Le LRDG est une unité constituée de Néo-Zélandais, de Rhodésiens et de Britanniques. Elle possède la particularité d’être équipée de camions Chevrolet Mle 30 et de Jeeps surarmés et autonomes pour des missions en profondeur derrière les lignes. Le LRDG et le SAS vont dès lors baser leurs actions sur l’effet de surprise et la puissance de feu. Les parachutistes SAS de la France Libre effectuent alors de nombreux coups de mains contre les aérodromes ennemis en Libye, en Crête et en Tunisie. Le SAS parvient ainsi à détruire plus de 400 avions allemands et italiens lors de raids sur les aérodromes de l’axe. 

Le capitaine Bergé est fait prisonnier le 13 juin 1942 au cours d’un raid en Crête. L’aspirant André Zirnheld, officier du French Squadron, connaîtra la postérité avec la légendaire « prière du parachutiste» (écrite en 1938 à Tunis), avant d’être tué le 27 juillet 1942 au retour d’une mission contre l'aérodrome de Sidi Haneish. La valeur de Bergé et ses paras est alors reconnue de tous et ils ont fait leur la devise des S.A.S « Who Dares Wins » ( Qui ose gagne ). Après la défaite de l’Afrika Korps en Tunisie, l’unité est rapatriée en Angleterre début avril 1943.

Saut d’entraînement depuis la base d’Ayr des hommes de l’Etat-major de la demi-Brigade. Au premier plan, le Lt Georges Clévenot. On remarquera sa blouse de saut camouflée anglaise, la fameuse « Denison Smoke ». Derrière lui à gauche, Noël Créau et Armand Violland.

LA PREPARATION

De retour en Grande-Bretagne au camp de Camberley, les anciens du French Squadron servent de cadres et d’instructeurs aux nouvelles recrues. Peu à peu, des volontaires affluent des quatre coins du monde : de Madagascar, d’Océanie, d’Amérique du Sud… Ce sont également en majorité des évadés de France par l’Espagne, des marins… Le 1er juillet 1943, les effectifs permettent de former le 1er Bataillon de l’Infanterie de l’Air placé sous le commandement du Lt-colonel Fourcaud.

Début novembre 1943, un autre bataillon formé en Afrique-du-Nord par le commandant O’Cottereau débarque en Grande-Bretagne. Il est composé notamment d’évadés de France, de déserteurs de l’armée d’Afrique et d’hommes originaires d’Algérie, de Tunisie ou du Maroc. 
 


Le Peloton Taylor à Briare en Septembre 44 (collection David Portier) 

Début décembre, les choses sérieuses commencent. Les Britanniques acceptent d’intégrer les deux bataillons français à la Brigade SAS en formation. Ainsi, le 3ème BIA du capitaine Château-Jobert alias « Conan » et le 4ème BIA du commandant Bourgoin débutent leur entraînement en Ecosse. Les hommes, moins d’un millier, effectuent alors de nombreux stages commandos à Cupar, Comrie puis au camp d’Auchinleck. Début mai 1944, les SAS français sont fin prêts et opérationnels. Ils sont alors envoyés dans un camp secret du sud de l’Angleterre. 

D.DAY EN BRETAGNE 

Début juin, le 4ème SAS du commandant Bourgoin apprend enfin le but de la mission qui lui est confié dans le cadre d’Overlord. Les parachutistes français doivent être larguer en Bretagne afin d’empêcher coûte que coûte que les 150.000 Allemands qui y sont stationnés rejoignent la Normandie. Les parachutistes doivent couper les voies de communication, harceler l’ennemi et retarder l’acheminement de renforts vers la tête de pont. Dans ce but, des équipes de reconnaissance doivent établir des bases sûres, Samwest dans les Côtes-du-Nord et Dingson dans le Morbihan, préparer un terrain de parachutage susceptible de recueillir des éléments de renfort à partir de J+3, étudier les forces de l’ennemi dans le secteur et prendre contact avec la résistance. Dans la nuit du 7 au 8 juin, dix-huit équipes de sabotage, mission Cooney-Parties, doivent être disséminées sur le Morbihan, les Côtes-du-Nord et l’Ille-et-Vilaine afin d’effectuer des missions de harcèlement et d’interdiction.

LE LIEUTENANT MARIENNE
Photo inédite : Le caporal Emile BOUETARD est à droite, sur ce plan
Le JOUR J 

Le 5 juin 1944 à 22h00, deux avions Stirling décollent de l’aérodrome de Fairford (Angleterre) avec à leur bord les trente-cinq parachutistes français des quatre sticks précurseurs. Vers 00h45, les équipes Marienne et Déplante sont larguées entre Plumelec et Guéhenno. Le stick Marienne tombe à deux kilomètres de l’endroit prévu et à proximité d’un observatoire allemand, le moulin de Plumelec, qui donne aussitôt l’alerte. 
Alors que le Lt Pierre Marienne parvient à décrocher avec trois hommes et le capitaine Hunter-Hue (SOE), le Cpl/C Bouétard et les trois radios doivent engager le combat. Rapidement Emile Bouétard est grièvement blessé. Après une demi-heure, les trois radios sont à court de munitions et sont faits prisonniers. Un cosaque s’approche et achève Emile Bouétard d’une balle dans la tête. Il est 1h30 le 6 juin 1944. Le Sgt Jourdan, Etrich et Sauvé seront interrogés par la Gestapo puis conduits a Chartres avant d’être dirigés en train vers l’Allemagne. Au cours du transfert, les deux premiers parviendront à s’évader alors que Maurice Sauvé, malade, sera contraint de rester dans le convoi.Pour sa part, le stick du Lt Henri Déplante tombe à une dizaine de kilomètres de la DZ et se regroupe rapidement. Le lendemain, après un contact avec des maquisards de la compagnie de Plumelec, les deux sticks précurseurs sont réunis et dirigés vers le maquis de Saint-Marcel. Aussitôt, les deux officiers SAS décident d’y installer la base Dingson qui doit recevoir les éléments du bataillon.

Dans les Côtes-du-Nord, les lieutenants Botella et Deschamps regroupent leurs hommes près de Locarn puis prennent la direction de la forêt de Duault. A l’aube, ils installent la base Samwest et prennent contact avec deux patriotes du maquis Tito. La situation se présente bien et dans la nuit du 9 au 10 juin, le capitaine Leblond et une quarantaine d’hommes sont parachutés en renforts.

Le 12 juin au matin, la base de Duault est attaquée. Après une journée de combats, les parachutistes et les maquisards parviennent à décrocher vers le sud. Trois blessés graves, le Lt André Botella, le S/Lt Jean Lasserre et le Cpl Jacques Faucheux, sont dans l’incapacité d’effectuer le déplacement et doivent être abandonnés. 
Pendant ce temps, la base Dingson rassemble un nombre très important de maquisards bretons qui viennent récupérer des armes parachutées tous les soirs. Cette activité ne passe pas inaperçue. Le 18 juin, le maquis de Saint-Marcel est attaqué à son tour et doit se disperser. Au cours des mois de juin et juillet, les parachutistes parviennent malgré tout à assurer l’armement et l’instruction de plusieurs milliers de maquisards. Traqués et pourchassés par un ennemi impitoyable, ils passent plusieurs semaines à l’arrière des lignes allemandes dans des conditions très éprouvantes. Enfin, début août, le signal de l’insurrection est envoyé. Aussitôt, parachutistes SAS et maquisards passent à l’action et assurent la progression rapide des troupes alliées en Bretagne.

Parallèlement, des sticks du 3ème SAS sont parachutés dans le Finistère, en Poitou-Charentes, dans le Centre, le Limousin, le Rhône, la Bourgogne et le Jura où ils harcèlent les convois ennemis. Malgré des pertes importantes et de lourds sacrifices, les missions sont remplies et les S.A.S. français sont pour beaucoup dans la réussite des opérations de libération de la France. D’autres missions les attendent dans les Ardennes et la Hollande. Les Parachutistes SAS de la France Libre, l’unité française la plus décorée de la seconde guerre mondiale, terminent la guerre aux portes de l’Allemagne.