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PAR MARC ARTIGES

Courseulles sur Mer,  7 août 1944. Le Colonel PIRON et ses hommes commencent à quitter le landing craft qui les a amenés 'Angleterre.L'adjoint du Colonel, le Capitaine-Commandant HOUBION ramasse une poignée de sable normand et l'embrasse... Tout le monde a compris.Il y a si longtemps que tous ont quitté le continent pour l'exil en Angleterre, laissant une famille,des amis en cette Belgique qui soudain devient proche même si c'est le sol de France que ces soldats foulent. Et quelle aventure,en effet

Certains,dès la capitulation du 28 mai 1940,se sont embarqués avec les Alliés à Dunkerque.D'autres ont suivi l'itinéraire terrestre par la France et l'Espagne,connaissant souvent des séjours pénibles en prison française ou espagnole.
Il en est même dont la seule ressource aura été de s'engager à la Légion Etrangère parce que le désir de combattre encore est le plus fort.A la fin de la campagne d'Afrique,ils seront autorisés à rejoindre les forces belges en Grande-Bretagne Enfin,un décret pris par le gouvernement belge en exil,ordonnait à tous les jeunes Belges se trouvant hors du territoire occupé,de rejoindre les forces combattantes. Il est à signaler aussi que les Luxembourgeois avaient été intégrés à la brigade belge suite à un accord  intergouvernemental intervenu ente les autorités britanniques,belges et luxembourgeoises L'amalgame de tous ces gens doit beaucoup à la personnalité de son chef, le Major, puis Colonel Jean PIRON.
 

Jean PIRON nait le 10 avril 1896 à Couvin.Il participe,en tant que volontaire à la guerre de 14-18.Toujours avide de se battre utilement,il passe à l'aviation en avril 1918 et est blessé au cours d'une mission de reconnaissance En 1940,il est fait prisonnier par les Allemands et s'évade deux fois.Il rejoint l'Angleterre par l'Espagne après avoir vainement tenté de lrejoindre Gibraltar à bord d'un voilier au départ de Palavas- les -Flots. A Londres on lui confie le commandement du Premier Groupe Belge.En en peu plus d'un an,il va fiaire de ses troupes une unité parfaitement entrainée dont même les Britanniques,en général avares de compliments, reconnaissent la valeur. C'est pourquoi,dès le début,le"FIRST BELGIAN INDEPENDANT GROUP"est intégré dans le 21ème groupe d'armées de Montgomery.Il s'agit,en fait,d'une unité motorisée pourvue de blindés, extrèmement mobile et pouvant agir en toute autonomie,puisqu'elle dispose de tout l'équipement nécéssaire,en ce compris le ravitaillement,le transport et l'artillerie.Il s'agit donc essentiellement d' une unité de poursuite,légère certes (2200 hommes et 500 véhicules) ,mais dont la souplesse permet de remplir des missions de percées surprises.

Le 6 juin 1944,l'amertume est grande parmi les soldats belges. En effet l'entraînement de ces derniers mois,dans le Kent,laisse à penser qu'ils participeront au début de l'opération.Impression d'autant plus logique,que les exercices de débarquement se sont multipliés.Hélas,quelques semaines avant le jour J,l'unité est envoyée à Yarmouth,loin des lieux d'embarquement des premières vagues d'assaut. Mais le débarquement ne signifie pas la fin des opérations et,le 29 juillet,l'ordre d'embarquement est signifié à l'Etat-Major de la Brigade que tout le monde appelle maintenant la brigade "PIRON". Le 4 août,les hommes et le matériel se retrouvent,à Tilbury, sur quatre Liberty Ships :le Finlay,le Gladstone,le P.Benjamin et le H.Austin. Le 6,le convoi traverse la Manche et le 7 l'opération de débarquement commence:les véhicules à Arromanches et les hommes à Courseulles. 

Il est remarquable de constater que c'est aussi à la même époque qu'arrivent la 2ème DB de Leclerc,la 1ère DB polonaise de Maczek,les Tchèques de Liska et les Hollandais de la brigade "Princes Irène"du Colonel de Ruyter. Leur première nuit en terre libérée,les Belges la passent à Douvres-la Délivrande et à Plumetot. La brigade est affectée à la 6ème Airborne et le général Gale ne lui laisse pas le temps de savourer l'arrivée en  Normandie.Dès le 8 août,ses véhicules servent à transporter des paras vers Pont l'Evêque et le 9 les Belges relèvent une brigade de commandos (5ème) avec, au contact, la 12e SS Panzerdivision "Hitlerjügend" et de l'infanterie au niveau d'une division. Afin de se familiariser avec le terrain assez marécageux des rives de l'Orne et de tâter les forces ennemies, les jours suivants sont consacrés à des reconnaissances . Le 13 août 1944, le contact avec l'ennemi se précise devant Sallenelles et Hauger. Ainsi,un point fortifié de surveillance empoisonne la vie de la Brigade..Aussi son artillerie pilonne pendant 5 jours les positions ennemies.
 


Le colonel Jean PIRON le 7 août 1944 à COURSEULLES SUR MER (Calvados).

Les escarmouches ne manquent pas.Les patrouilles des deux camps se heurtent violemment aux alentours de la ferme du Buisson.La brigade enregistre en même temps ses premiers blessés et ses premiers prisonniers allemands,le 14 août. Les Allemands s'infiltrent entre la brigade et ses voisins anglais.Elle est repoussée. Un soldat de la 3ème unité est fait prisonnier.Pas pour longtemps car, bien que blessé ,il s'évade et rejoint les lignes alliées. Les deux jours suivants,la canonnade allemande est intensive et les Belges déplorent leur premier mort,  Edouard GERARD,le plus jeune des volontaires de "Piron". Afin de mettre la population de Sallenelles à l'abri,le village est évacué et le 17 août,à 3 heures du matin,les Belges attaquent les points fortifiés qui protègent Franceville et Merville.La lutte est chaude et les avant-gardes sont bloquées par les mines et les tirs violents.

Toutefois,vers 7 heures,l'opération "PADDLE"est engagée et,la brigade,de concert avec les Hollandais et les Britanniques de la 6ème Airborne,attaque sur l'axe Troarn-Pont l'Evêque. L'ordre donné par le Colonel Piron vise à avancer rapidement vers Merville,de s'emparer de la Ferme du Buisson et de foncer sur Franceville.Les mines sont le principal obstacle à la progression et elles font des victimes.Les autos blindées avancent avec précaution et cela nuit à une avance éclair.Mais,après un assaut mené comme une charge héroîque,Le Buisson tombe et toutes les unités atteignent leurs objectifs dans la soirée. Dès le 18,des résistants français donnent des renseignements précieux sur les positions des Allemands qui défendent la Dive. La brigade charge sa compagnie du génie de nettoyer des mines fort nombreuses qui jalonnent le parcours vers Cabourg. Pendant ce temps les blindés belges vont aider le régiment de reconnaissance de la 6ème Airborne épuisé par les épreuves endurées depuis le 6 juin. 

Cabourg est libérée le 21 août à 11 heures mais comme tous les ponts sur la Dive ont sauté,commence alors un travail harassant de construction d'une passerelle de fortune par le Génie belge aidé de civils français qui apportent du matériel de construction. Pendant ce temps,l'infanterie a traversé la Dive et s'empare de Houlgate. Progressant vers Auberville,un peloton guidé par le lieutenant français de la Résistance Lefevre, tombe dans une embuscade qui lui coûte cinq morts.Le Lieutenant Lefevre aussi fait partie des victimes. Une deuxième attaque,de nuit cette fois débloque ,la situation et les Allemands décrochent. Villers sur Mer tombe le 22 dans l'après-midi et dans la foulée les Belges prennent Deauville et bordent la Touques.Là aussi les ponts ont sauté et les Allemands tirent depuis Trouville à l'aide de mortiers et d'artillerie. Les Belges sont les premiers à avoir atteint la Touques et le général Gale félicite le Colonel Piron pour l'efficacité de ses troupes. Le 23,la progression reprend lentement mais le 24 les Belges sont aux portes d'Honfleur.

Là encore la population civile a apporté sa contribution en hommes et en matériel de construction pour faciliter la traversée de la Touques.Là encore ,des résistants comme Dauvilaire et Lefevre,d'Houlgate ont servi de guides aux éléments avancés de la brigade Piron. Honfleur,libérée totalement le 25 laisse éclater sa joie et porte les Belges aux nues avec des mercis qui n'en finissent plus. Des comptes se règlent aussi,car la veille les Allemands ont fusillé des habitants.La justice sommaire fait,un temps,la loi. Les soldats belges y sont involontairement mêlés car la Résistance leur amène un Belge complice du massacre de la nuit précédente. Mais il est impossible pour une unité combattante de se charger d'un tel fardeau et il faut refuser ce cadeau empoisonné...
 

La Brigade Piron entre dans Honfleur

L'avance reprend vers Berville et,le 25,un peu de repos est le bienvenu.C'est à ce moment aussi que la brigade quitte la 6ème Airborne qui part au repos en Angleterre.Le nouveau "patron est le général Barker commandant la 49ème division.

Au moment du départ,le général Gale transmet le message suivant au Colonel Piron."C'est avec un profond regret que votre magnifique brigade quitte mon commandement...Cela a été un honneur de combattre à vos côtés.Puisse Dieu protéger votre avance vers votre vaillant pays". L'action continue,Pont Audemer est prise et le 29 août des combats sont engagés avec les Allemands terrés dans la fôret de Brotonne

Une reconnaissance un peu particulière est ordonnée .Le cadet Verhaeghe aidé par des civils français dont un pêcheur,traverse la Seine et collecte des renseignements sur les défenses ennemies dans la région du Havre.Ce qu'il ramène hâtera la prise de la ville. Le 31 août, la brigade entretemps réunifiée(puisque les blindés ont rejoint à Pont Audemer traverse la Seine) en radeaux,terminant par là sa campagne Normande. Mais l'aventure ne se termine évidemment pas ainsi. Le 2 septembre le Général Horrockx commandant le 30ème corps britannique annonce tout de go au colonel Piron,son intention de foncer sur Bruxelles pour y être le lendemain.Il lui apparaît indispensable d'y associer la brigade. Celle-ci y entrera le 4 septembre 1944 mais c'est une autre histoire... Pendant  son court séjour en Normandie,la Brigade "PIRON aura perdu 26 hommes tués et 16 blessés.

Ressources en ligne
Site consacré à la Brigade Piron
Libération de honfleur