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par OLIVIER RAVELINGHIEN

 Junck : écoute-moi bien Pips, le débarquement vient de commencer, oui le débarquement, il faut que tu ailles là bas tout de suite.

Priller : Ah ! Qu’est ce que tu veux que je foute avec deux malheureux appareils ! qu’est ce que tu veux que je foute avec les deux que vous m’avez laissé ! Où sont les escadrilles que vous m’avez enlevées ? …Bande d’idiots !

Junck : Priller ! exécute les ordres, va là bas immédiatement…IMMEDIATEMENT, compris..

Priller : Mais bon sang attend un peu, ça t’ennuierai de me dire où il a lieu ce débarquement au lieu de gueuler comme ça au téléphone ? en Normandie ! …en Normandie ?... c’est marrant votre petite histoire, en tout cas merci pour la mission, ce coup-ci je crois que les carottes sont cuites…au revoir.

Wodarczyk : ça devient vraiment très difficile de roupiller dans cette baraque !

Priller : Nous allons roupiller pendant très longtemps, le débarquement à commencé…en Normandie. Nous y montons rien que nous deux, il n’y a plus d’autre taxi, je ne pense pas que nous en reviendrons…Non… »

 Dialogue extrait du film le Jour le plus long (1962) et du livre de Cornelius Ryan

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Ces textes issus du célèbre film de Darryl Zanuck sont connus de tous, à l'image de la légendaire colère de l'officier Allemand de la Luftwaffe, quelque part dans le nord de la France et à qui l'ont vient de demander de décoller pour la Normandie. Voici la véritable histoire de Joseph Priller. 

6 Juin à 6h30. L’officier des opérations du II/JAGDKORPS, 2ème Corps Aérien basé à Chantilly-Compiègne (Oise), commandé par le Général-Major Werner JUNCK, appelle Priller dit « Pips » au téléphone pour qu’il mette son escadrille, la JG26, en état d’alerte.
Priller n’avait que deux Fock Wulf 190 et un troisième hors d’état de vol à sa disposition - En effet Priller était resté sur le terrain de Bondues (à 4 km de Lille) avec son équipier le Sergent Heinz Wodarczyk.Son escadre, la JG26, équipée de 120 FW190 avait quitté le Nord le 4 juin : la I/JG26 était partie pour Reims, la II/JG 26 pour Mont de Marsan et Biarritz et la III/JG26 pour Metz. Ils étaient donc au plus près des plages pour une intervention rapide.


FW190 de Priller au-dessus de la métropole lilloise.

Ci-dessus : Josef Priller « Pips » :

Josef Priller « Pips » :

Né le 27 juin 1915 à Ingolstadt en Bavière, reconnu pour son impulsivité et sa façon d’exprimer ses pensées à ses supérieurs.  Après avoir commandé successivement la 6/JG51, la I/JG26, la III/JG26, il obtient en janvier 1943 le commandement de l’Escadre JG26.

En janvier 1945 il est élevé au grade de colonel (Oberst) et quitte la JG26. Après la bataille des Ardennes, pour devenir inspecteur de la chasse à l’Ouest. Il termine la guerre avec 101 victoires et 307 missions.Il décède le 20/05/1961 à l’age de 46 ans à Böbing/Oberbayern d’une crise cardiaque.

Heinz Wodarczyk :
Né en 1922, caporal pilote puis sergent le 27 mai 1944 .I l était à Bondues le plus jeune pilote. Il sera abattu le 1er janvier 1945 (le jour ou Priller est élevé au grade  de Colonel) à bord de son FW190 D9 par des  chasseurs américains lors de l’opération Bondenplatte, avec 2 victoires à son actif. 
Priller hurla donc à Junck au téléphone : « c’est de la folie ! Si l’on s’attend à une invasion, la place des escadrilles est sur les côtes et non en manœuvre loin de celle-ci ! Vous êtes tous cinglés ! … »
« Ecoutez Priller, répond le Général Junck, il ne saurait être question d’invasion, le temps est bien trop mauvais.
Priller, furieux raccrocha brutalement et sortit sur le terrain de Bondues.
A 8 heures du matin, en l’absence de ses commandants d’unités, Priller réunit ses officiers d’Etat-Major à la Ferme Dillies à Wambrechies (ferme se situant en bout de piste de l’aérodrome de Bondues) dont il réquisitionna la salle à manger pour une brève conférence sur le débarquement qui était en cours en Normandie, il donne l’ordre à son Etat-Major d’évacuer immédiatement vers Poix-du-Nord dans la Somme.
Vers 8h30 avant le décollage pour la première mission contre l’armada Alliée, Priller s’adresse au Sgt Wodarczyk : « Ecoutez mon vieux, nous ne sommes que deux, nous ne pouvons pas nous permettre de nous séparer, alors pour l’amour de Dieu, faites exactement comme moi. Volez derrière moi et imitez mes moindres mouvements. Nous allons y aller tous les deux, seuls…. Et je doute que l’on en revienne.
Ils décollent donc de Bondues cap au sud-ouest en direction d’Abbeville - où ils aperçoivent les premiers Spitfire -  puis survolent le Havre avant de déboucher des nuages au-dessus de l’Estuaire de l’Orne.
Pips et Wordaczyk à plus de 600 Km/h mitraillent la partie la plus orientale des cinq plages de débarquement (Sword beach) laissant médusés les soldats britanniques sans oublier les hommes du commando Kieffer, qui auront à abattre une dizaine de prisonniers allemands qui tentaient de s’échapper pendant le mitraillage des FW190.
Profil du FW190 A8 n°13 de Priller, avec le nom de sa femme « Jutta » sur l’as de cœur. Il n’est cependant pas exclu, qu’il s’agisse réellement de cet appareil avec lequel il a mitraillé Sword beach, car Pips a eu plusieurs FW190 avec le numéro 13.
 

Aérodrome de Bondues lors d’un meeting aérien en septembre 2002.

Aérodrome de Bondues en septembre 2002, Priller & Wodarczyk décollèrent en lieu et place des avions qui y figurent, la ferme Dillies à Wambrechies se trouvant derrière les deux avions, (ferme cachée par la verdure).
Les deux pilotes malgré les tirs des canons anti-aériens de la flotte alliée, s’en tireront par miracle sans une égratignure.
ls atterrirent à Creil, base de la JG2, autre escadrille de chasse présente en France ce 6 juin. La JG2 est présente sur le front Normand,  avec une douzaine de FW 190 juste après le passage de Pips pour une attaque sur des navires dans le secteur « Gold »
Les premiers combats aériens auront lieu plus tard vers la fin de la matinée, avec comme victoire pour la Lutwaffe ce jour J environ 17 avions abattu : 3 P47, 5 P51 et 9 Typhoon, contre la perte de 9 FW190. (A cela il convient de rajouter quelques appareils abattus par la DCA).
Les premières réactions d’envergure de la Lutwaffe, face au débarquement, n’interviendront que dans la nuit du 6 au 7 juin avec environ 50 bombardiers Junkers Ju88 et Messerschmitt Bf 110 qui bombarderont le secteur d’Omaha, ils y perdront une dizaine d’appareils.Le reste des renforts provenant de l’Est n’arrive que 36 heures après le débarquement….. il est déjà trop tard.

Plus de 300 sorties dont 170 de chasseurs  appartenant à la Lutflotte 3 auront lieu ce 6 juin contre plus de 14. 000 effectués par les alliés.
Alliés qui dispose d’une armada aérienne de près de 13.000 appareils comprenant environ 5.400 chasseurs, 2.000 bombardiers lourds et 1.450 légers, 1.500 de transport, 860 divers et 3.500 planeurs alors que la Lutwaffe n’aligne que 820 appareils de tous types dont 90 chasseurs et 671 bombardiers.
 

 

Sources :

- le jour le plus long, le film
- Histoire de l’aérodrome de Bondues de Myrone N. Cuich
- Le FW190 sur le front de l’Ouest chez Osprey
- La Lutwaffe face au débarquement allié de J. Bernard Frappé chez Heimdal.
- Les Bérets verts français du 6 Juin 1944 du Cdt Kieffer / Florentin

Merci à Myrone N. Cuich (ancien Capitaine de l’armée de l’air, auteur de plusieurs ouvrages sur la 2ème guerre mondiale, président d’Histoavia, membre de la Confederate Air Force américaine avec le grade de colonel) pour le temps qu’il a bien voulu me consacrer afin de répondre à mes nombreuses questions sur le sujet. Olivier Ravelinghien