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 NUMERO 25  - NOVEMBRE 2003

DE STEPHANE DELOGU

Tout d'abord un grand merci à tous ceux qui nous donnent chaque mois du grain à moudre et sans qui l'édito se limiterait à quelques lignes pour combler les trous du mag. Grâce à eux, la place manque chaque mois. Remarquez qu'on préfererait pointer au chomdu, ca voudrait dire que les tarabiscoteurs ont déserté la planète. Ne criez pas victoire tout de suite, on n'en sera pas débarassés avant quelques siècles, juste le temps de déglinquer ad vitam eternam la forêt Amazonienne, de polluer les cours d'eau de manière irreversible à moins qu'un mégalo n'ait réduit l'humanité et le reste en poussière. Mais on n'en est pas encore là, au motif qu'on a encore du pain sur la planche et une rafale d'Exocet prêts à partir. C'est parti pour un tour.

Tout d'abord, le bilan de l'hécatombe estivale est maintenant connu : 15.000 petits vieux ont fait les frais de l'abandon de la société dite évoluée... Vous noterez qu'en Amazonie, les chiffres sont différents. un peu parce que les petits vieux sont habitués aux grosses chaleurs, surtout parce qu'en abandonner un seul serait la honte de tout un peuple. Ne leur en voulez pas d'avoir des idées aussi biscornues : les indiens d'Amazonie sont des indigènes sous-évolués, vivant bêtement sans voiture ni téléphone portable. C'est justement parce qu'il ne connaissent pas les bienfaits de la communication moderne qu'ils sont obligés de garder les aieuls avec eux. Tu parles d'une vie. En France, on est déjà passés à autre chose ; 15 000 trepassés, tous  au minimum nonagénaires, c'est pas forcément un mauvais plan pour la sécu et les caisses de retraite.  Tout fini presque bien. Le seul point noir au tableau, c'est juste les quelques centaines de corps qu'une phalange de familles étourdies a oublié de réclamer. tout va s'arranger à Noël, lorsqu'on s'étonnera de ne pas avoir reçu le chèque de la tante Adèle pour les jouets des gosses. On en connait quelques uns qui vont se trouver un peu couillons quand on leur annoncera que ladite tante Adèle a passé l'arme à gauche depuis six mois... On prèfère être à notre place. La dinde passera mieux chez nous, tout au moins on l'espère... Parce que si d'aventure, ça ne leur coupait pas l'appétit, ce serait pire que ce qu'on pense. Quoique. 

Le soixantième monte en puissance, même si on a du mal à vous informer comme on le souhaiterait. Pas notre faute, on veut rien nous lâcher. Chaque ville - ou presque -  s'est transformée en camp retranché, en Clochemerle où chacun garde jalousement le secret d'une fête mega diabolique, le nec plus ultra étant de faire mieux que le voisin d'en face et de garder jalousement le scoop jusqu'au dernier moment. On leur en veut pas, la fête sera belle, avec strass, champagne et paillettes pour les uns, merguez et frites pour les autres. Ne regardez pas vers Sainte Mère Eglise, on n'a rien dit... ca peut aussi en concerner d'autres. Remarquez qu'on n'a rien contre la boustifaille, surtout que les vétérans auront besoin de forces, avec le programme d'enfer qu'on est en train de leur concocter, pour cause de retour obligatoire sur investissement. c'est bien connu, le commerce marche du tonnerre dès qu'ils sont là, leur seule présence est du pain béni pour les boutiquiers. Les pompeurs ont déjà commencé à se manifester auprès de nos services, vu qu'ils sont à la recherche de témoignages en tous genres et surtout d'adresses de petits vieux du Jour J.... Tout ça pour y aller de leur bouquin à l'occasion de cette grande manifestation du souvenir. C'est normal, chacun veut sa part de gateau... Vous allez rire quand on vous dira qu' on a claqué la porte au nez de tout ceux qui sont venus quemander chez nous... Question de principe : les vétérans c'est toute l'année qu'on pense à eux et pas seulement tous les dix ans. Remarquez que si tout le monde fait comme nous, les bouquins du soixantième vont se compter sur les doigts d'une main.... Excusez nous de mettre des bâtons dans les roues des éditeurs, mais ça part d'un bon principe : on a envie de voir sur le marché ceux qui ont réellement travaillé... Tant pis pour les autres, c'est juste pour leur faire comprendre que c'est pas beau de profiter du travail de leurs semblables, la plupart du temps en contrepartie de rien du tout... On pense en particulier à Channel Four.... On vous a rien dit et on referme le dossier. Tout au moins pour l'instant... 

L'attrait du soixantième, c'est que les idées pullulent. Tout y passe. Ca serait dommage de ne pas vous exposer les nôtres, il manquerait quelque chose au tableau. Alors, on se fait pas prier, au risque de prendre le train à contresens. On imagine bien plein de champs au milieu de la Normandie, des champs où les odeurs végétales s'exhalent et d'où monte en début de matinée une légère brume lorsque la rosée s'évapore sous les premiers rayons du soleil. On y installerait des grandes tables de bois et des bancs centenaires. On recouvrirait les tables de grandes nappes en lin blanc. A côté, on placerait une ou deux barriques de cidre.... Juste à l'ombre d'un pommier. Chacun apporterait sa contribution pour faire de ces quelques alignement de planches de bois clouées les unes aux autres un repas de fête... Quelques notes de musiques, des rires d'enfants, des applaudissements et des embrassades à l'arrivée des vétérans..  Des larmes aussi, des vraies larmes, sincères et reconnaissantes, un "Welcome" qui monterait du fond des tripes. Un regard échangé entre l'un de ces vieux serviteurs de la liberté et un enfant, tout intimidé de voir autant de médailles sur une seule poitrine et autant de lumière rayonner d'un corps martyrisé par le poids des âges .. Les boutiquiers resteraient à l'entrée du champ avec toutes leurs breloques, les VIP aussi, peu habitués qu'ils sont à la vie rustique. On accrocherait leurs discours officiels sur des rateaux plantés à l'envers, un peu comme des épouvantails..  On placerait sur les tables quelques drapeaux fabriqués sous le signe de l'urgence, confectionnés avec tout ce qui tombe sous la main mais dont le résultat est une étonnante harmonie, tant la couturière à mis du coeur à faire des miracles avec presque rien.. On en prendrait soin de tous ces vétérans, on serait attentifs à chacun de leurs souhaits, on se mettrait en quatre pour leur rendre un petit peu de tout ce qu'ils ont pu accepter pour nous offrir une vie meilleure que ce que fut la leur... On passerait des heures à les écouter, à vivre leurs aventures, les yeux écarquillés , comme sait le faire un gamin devant un livre d'images.... Jusqu'à ce que le soleil ne se couche... Alors, on rangerait les tables, les bancs dans les granges et on plierait soigneusement les nappes en lin... A moins que l'on fasse durer le plaisir en faisant un pied de nez à la nuit qui tombe par l'installation improvisée d'une gerbe de lampions... Les prés se pareraient de dizaines d'étoiles multicolores et on ecouterait encore un peu nos invités exhumer leurs souvenirs , un verre de cidre à la main, le regard un peu brillant, un peu à cause du cidre, un peu à cause de l'émotion ressentie en faisant revivre, l'espace de quelques instants, tous les frères d'Arme disparus soixante ans plus tôt....

Finalement, il faudrait bien aller se coucher... C'est ce que l'on ferait sans grand plaisir, tant on voudrait que la soirée n'en finisse pas. On se dirait au revoir, les larmes aux yeux, parce que ces "au revoir" seraient des adieux pour beaucoup... Mais on le dirait pas, simplement par pudeur...  Et on rentrerait chez soi, heureux d'avoir vécu ces quelques heures de bonheur simple et vrai, sans artifice autre que quelques tables de bois, des nappes en lin blanc, un ou deux barriques de cidres, un peu de musique et des rires d'enfants...

Peut-être que nos idées à nous vous paraitront un peu fades eu égard aux fastes que l'on nous promet. Toutes nos excuses ... C'est difficile de s'entourer de technologie quand on veut revivre et faire revivre l'intensité des émotions d'un certain 6 juin 1944... Au mois prochain.
 

MORT DU GENERAL SIMON
COMPAGNON DE LA LIBERATION

Le général d'armée Jean Simon, chancelier de l'ordre de la Libération, est mort dimanche 28 septembre, à l'âge de 91 ans. Né à Brest le 30 avril 1912, saint-cyrien, le lieutenant Simon se porte volontaire, en janvier 1940, pour servir comme observateur d'avions à Tours, où il se lie d'amitié avec le sous-lieutenant Pierre Messmer.Les deux hommes, qui refusent l'armistice de juin 1940, rejoignent Marseille et s'emparent d'un cargo italien dont la vente de la cargaison permettra de payer les soldes pendant trois mois. Dès son arrivée à Liverpool, le 15 juillet 1940, Jean Simon s'engage dans les Forces françaises libres et est affecté à la 13e demi-brigade de la Légion étrangère (DBLE)

. Avec cette unité, il participe à tous les combats : Dakar, le Gabon, la campagne d'Erythrée. En mars 1941, il est cité à l'ordre de l'armée. Il le sera une nouvelle fois, le mois suivant, lors de la prise de Massaouah, et est fait compagnon de la Libération par le général de Gaulle. En juin, durant les combats fratricides de la campagne de Syrie, il est blessé et perd son œil droit. Promu capitaine, il participe ensuite à la campagne de Libye sous les ordres du général Koenig. Il est à nouveau cité à l'ordre de l'armée à l'occasion du siège de Bir-Hakeim (mai-juin 1942). De retour en Egypte avec son unité, il participe à la bataille d'El Alamein. Il fait ensuite la campagne de Tunisie et d'Italie. Promu commandant à la fin de la campagne d'Italie, il débarque à Cavalaire, en Provence, le 30 août 1944, et part combattre dans les Vosges et à Belfort. Blessé à Thann, dans le Haut-Rhin, par un éclat d'obus, il participe aux combats pour la défense de Strasbourg et à la libération de Colmar. ORIGNE : www.lemonde.fr


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Une vie, un Art. Par Lisa Hermeline

Tout bon passionné du débarquement de Normandie connaît Robert Capa (au moins de nom). En effet, ses photos du 6 juin 1944 ont fait le tour du monde même si elles étaient "juste un peu floues". Capa est né le 22 octobre 1913 en Hongrie de parents juifs non pratiquants.

De son véritable nom Endre Friedman, Capa n’est qu’un des nombreux patronymes qu’il adoptera au cours de sa vie. Enfant, Capa  gracieux et attachant suscite l’admiration des passants.Avec ses cheveux noirs et son teint basané, il pourrait être gitan. On l’appelle alors Bandi jusqu’à ses 20 ans, date du début de sa carrière professionnelle. C’est un adolescent ouvert, intrépide, indépendant; il manifeste très tôt un intérêt pour la politique.

Au lycée il souhaite devenir chroniqueur de presse mais il ne peut joindre l’université à cause du régime fasciste et antisémite qui règne à cette époque en Hongrie. Il manifeste donc contre ce régime répressif et est arrêté, relâché mais tenu de quitter son pays au plus vite.

A 17 ans il connaît l’exil politique. En 1931, Bandi étudie le journalisme à Berlin tout en travaillant à coté pour une agence photographique afin de payer ses études. On lui confie bien vite un appareil pour couvrir de petites manifestations locales.

En 1932, il photographie même un discours de Leon Trotski à Copenhague. 1933: Hitler est chancelier d’Allemagne.
Bandi doit fuir. Au printemps 1934, il rencontre André Kertesz, photographe hongrois à succès.Il prend Bandi sous sa protection et lui apprend le métier.A l’exemple de Kertesz, Bandi (qui francise son prénom en André) adopte le Leica 35 mm, appareil petit et discret, presque considérer comme un jouet mais pratique pour être "au cœur" des reportages. La même année, il rencontre une deuxième personne "clé", la femme de sa vie, Gerda Pohorylle (Futur Gerda Taro).
Ils travaillent bientôt ensemble. Elle soutient, l’aide et tous deux créent en 1936 le personnage de Robert Capa, américain, séduisant et apprécié. Gerda présente alors son travail sous ce nouveau pseudonyme, les rédacteurs en chef achètent et publient. Ce surnom lui est sans doute inspiré par le réalisateur Frank "Capra" et l’acteur "Robert" Taylor. Capa photographie bientôt la guerre d’Espagne ou les manifestations parisienne, ville où il s’est installé depuis trois ans.
C’est en Espagne qu’il réalise sans doute la plus grande image de guerre de tous les temps, celle d’un républicain touché par une balle 

Photo: Mort d‘un républicain espagnol, 1936

Ses photos paraissent désormais dans des journaux français mais aussi des magazines à grand tirage anglais et américains.En juillet 1937 Gerda meurt en Espagne alors qu’elle couvrait une bataille. Capa, qui devait l’épouser, ne se remettre jamais de sa disparition. Début 1938, Capa travaille sur un documentaire consacré à la résistance chinoise face à l’envahisseur japonais.

Lorsque la guerre éclate en 1939, Capa part pour New York, réalisé plusieurs reportages pour Life et devient correspondant de guerre de l’armée américaine. Il couvre le blitz à Londres, l’Afrique du nord, la Sicile ou l’Italie.
En 1944, le 6 juin, Capa débarque avec la première vague sur Omaha beach, Normandie. 


Photo soldat US, 6 juin 44

Il raconte: "J’ai fermé mon appareil et je sens le froid de l’eau dans mon pantalon. J’hésite à m’éloigner de mon poteau métallique car à chaque tentative les balles m’y ramènent.

A 50 mètres devant moi, l’un de nos chars amphibies à moitié calciné dépasse de l’eau. Ce sera mon prochain refuge (...) Je me glisse entre des corps qui flottent. J’y suis. Encore quelques photos. Je prends mon courage à deux mains pour le dernier assaut jusqu’à la plage." De retour en Angleterre, le technicien du laboratoire de Life, dans sa hâte, se trompe de réglage au moment du séchage. Onze photographies sur soixante douze seront sauvés.

Le 25 août, Capa est à Paris. En 46, il reste plusieurs mois à Hollywood où il veut devenir réalisateur-producteur. Très vite il abandonne ce projet et crée en 1947 avec d’autres photographes dont Cartier Bresson, l’agence Magnum. Il réalisera plusieurs reportages et se rend en Indochine en mai 1954 où il suit un détachement français. Le 25 mai de cette même année, il est tué par l’explosion d’un mine antipersonnel. 

Encore aujourd’hui, Robert Capa est considéré comme le plus grand photographe reporter de guerre de par la qualité de son travail et des risques qu’il prit pour le réalise