DE STEPHANE DELOGU
Tout
d'abord un grand merci à tous ceux qui nous donnent chaque mois
du grain à moudre et sans qui l'édito se limiterait à
quelques lignes pour combler les trous du mag. Grâce à eux,
la place manque chaque mois. Remarquez qu'on préfererait pointer
au chomdu, ca voudrait dire que les tarabiscoteurs ont déserté
la planète. Ne criez pas victoire tout de suite, on n'en sera pas
débarassés avant quelques siècles, juste le temps
de déglinquer ad vitam eternam la forêt Amazonienne,
de polluer les cours d'eau de manière irreversible à moins
qu'un mégalo n'ait réduit l'humanité et le reste en
poussière. Mais on n'en est pas encore là, au motif qu'on
a encore du pain sur la planche et une rafale d'Exocet prêts à
partir. C'est parti pour un tour.
Tout d'abord,
le bilan de l'hécatombe estivale est maintenant connu : 15.000 petits
vieux ont fait les frais de l'abandon de la société dite
évoluée... Vous noterez qu'en Amazonie, les chiffres sont
différents. un peu parce que les petits vieux sont habitués
aux grosses chaleurs, surtout parce qu'en abandonner un seul serait la
honte de tout un peuple. Ne leur en voulez pas d'avoir des idées
aussi biscornues : les indiens d'Amazonie sont des indigènes sous-évolués,
vivant bêtement sans voiture ni téléphone portable.
C'est justement parce qu'il ne connaissent pas les bienfaits de la communication
moderne qu'ils sont obligés de garder les aieuls avec eux. Tu parles
d'une vie. En France, on est déjà passés à
autre chose ; 15 000 trepassés, tous au minimum nonagénaires,
c'est pas forcément un mauvais plan pour la sécu et les caisses
de retraite. Tout fini presque bien. Le seul point noir au tableau,
c'est juste les quelques centaines de corps qu'une phalange de familles
étourdies a oublié de réclamer. tout va s'arranger
à Noël, lorsqu'on s'étonnera de ne pas avoir reçu
le chèque de la tante Adèle pour les jouets des gosses. On
en connait quelques uns qui vont se trouver un peu couillons quand on leur
annoncera que ladite tante Adèle a passé l'arme à
gauche depuis six mois... On prèfère être à
notre place. La dinde passera mieux chez nous, tout au moins on l'espère...
Parce que si d'aventure, ça ne leur coupait pas l'appétit,
ce serait pire que ce qu'on pense. Quoique.
Le soixantième
monte en puissance, même si on a du mal à vous informer comme
on le souhaiterait. Pas notre faute, on veut rien nous lâcher. Chaque
ville - ou presque - s'est transformée en camp retranché,
en Clochemerle où chacun garde jalousement le secret d'une fête
mega diabolique, le nec plus ultra étant de faire mieux que
le voisin d'en face et de garder jalousement le scoop jusqu'au dernier
moment. On leur en veut pas, la fête sera belle, avec strass, champagne
et paillettes pour les uns, merguez et frites pour les autres. Ne regardez
pas vers Sainte Mère Eglise, on n'a rien dit... ca peut aussi en
concerner d'autres. Remarquez qu'on n'a rien contre la boustifaille, surtout
que les vétérans auront besoin de forces, avec le programme
d'enfer qu'on est en train de leur concocter, pour cause de retour obligatoire
sur investissement. c'est bien connu, le commerce marche du tonnerre dès
qu'ils sont là, leur seule présence est du pain béni
pour les boutiquiers. Les pompeurs ont déjà commencé
à se manifester auprès de nos services, vu qu'ils sont à
la recherche de témoignages en tous genres et surtout d'adresses
de petits vieux du Jour J.... Tout ça pour y aller de leur bouquin
à l'occasion de cette grande manifestation du souvenir. C'est normal,
chacun veut sa part de gateau... Vous allez rire quand on vous dira qu'
on a claqué la porte au nez de tout ceux qui sont venus quemander
chez nous... Question de principe : les vétérans c'est toute
l'année qu'on pense à eux et pas seulement tous les dix ans.
Remarquez que si tout le monde fait comme nous, les bouquins du soixantième
vont se compter sur les doigts d'une main.... Excusez nous de mettre des
bâtons dans les roues des éditeurs, mais ça part d'un
bon principe : on a envie de voir sur le marché ceux qui ont réellement
travaillé... Tant pis pour les autres, c'est juste pour leur faire
comprendre que c'est pas beau de profiter du travail de leurs semblables,
la plupart du temps en contrepartie de rien du tout... On pense en particulier
à Channel Four.... On vous a rien dit et on referme le dossier.
Tout au moins pour l'instant...
L'attrait
du soixantième, c'est que les idées pullulent. Tout y passe.
Ca serait dommage de ne pas vous exposer les nôtres, il manquerait
quelque chose au tableau. Alors, on se fait pas prier, au risque de prendre
le train à contresens. On imagine bien plein de champs au milieu
de la Normandie, des champs où les odeurs végétales
s'exhalent et d'où monte en début de matinée une légère
brume lorsque la rosée s'évapore sous les premiers rayons
du soleil. On y installerait des grandes tables de bois et des bancs centenaires.
On recouvrirait les tables de grandes nappes en lin blanc. A côté,
on placerait une ou deux barriques de cidre.... Juste à l'ombre
d'un pommier. Chacun apporterait sa contribution pour faire de ces quelques
alignement de planches de bois clouées les unes aux autres un repas
de fête... Quelques notes de musiques, des rires d'enfants, des applaudissements
et des embrassades à l'arrivée des vétérans..
Des larmes aussi, des vraies larmes, sincères et reconnaissantes,
un "Welcome" qui monterait du fond des tripes. Un regard échangé
entre l'un de ces vieux serviteurs de la liberté et un enfant, tout
intimidé de voir autant de médailles sur une seule poitrine
et autant de lumière rayonner d'un corps martyrisé par le
poids des âges .. Les boutiquiers resteraient à l'entrée
du champ avec toutes leurs breloques, les VIP aussi, peu habitués
qu'ils sont à la vie rustique. On accrocherait leurs discours officiels
sur des rateaux plantés à l'envers, un peu comme des épouvantails..
On placerait sur les tables quelques drapeaux fabriqués sous le
signe de l'urgence, confectionnés avec tout ce qui tombe sous la
main mais dont le résultat est une étonnante harmonie, tant
la couturière à mis du coeur à faire des miracles
avec presque rien.. On en prendrait soin de tous ces vétérans,
on serait attentifs à chacun de leurs souhaits, on se mettrait en
quatre pour leur rendre un petit peu de tout ce qu'ils ont pu accepter
pour nous offrir une vie meilleure que ce que fut la leur... On passerait
des heures à les écouter, à vivre leurs aventures,
les yeux écarquillés , comme sait le faire un gamin devant
un livre d'images.... Jusqu'à ce que le soleil ne se couche... Alors,
on rangerait les tables, les bancs dans les granges et on plierait soigneusement
les nappes en lin... A moins que l'on fasse durer le plaisir en faisant
un pied de nez à la nuit qui tombe par l'installation improvisée
d'une gerbe de lampions... Les prés se pareraient de dizaines d'étoiles
multicolores et on ecouterait encore un peu nos invités exhumer
leurs souvenirs , un verre de cidre à la main, le regard un peu
brillant, un peu à cause du cidre, un peu à cause de l'émotion
ressentie en faisant revivre, l'espace de quelques instants, tous les frères
d'Arme disparus soixante ans plus tôt....
Finalement,
il faudrait bien aller se coucher... C'est ce que l'on ferait sans grand
plaisir, tant on voudrait que la soirée n'en finisse pas. On se
dirait au revoir, les larmes aux yeux, parce que ces "au revoir" seraient
des adieux pour beaucoup... Mais on le dirait pas, simplement par pudeur...
Et on rentrerait chez soi, heureux d'avoir vécu ces quelques heures
de bonheur simple et vrai, sans artifice autre que quelques tables de bois,
des nappes en lin blanc, un ou deux barriques de cidres, un peu de musique
et des rires d'enfants...
Peut-être
que nos idées à nous vous paraitront un peu fades eu égard
aux fastes que l'on nous promet. Toutes nos excuses ... C'est difficile
de s'entourer de technologie quand on veut revivre et faire revivre l'intensité
des émotions d'un certain 6 juin 1944... Au mois prochain.
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MORT
DU GENERAL SIMON
COMPAGNON
DE LA LIBERATION
Le
général d'armée Jean Simon, chancelier de l'ordre
de la Libération, est mort dimanche 28 septembre, à l'âge
de 91 ans. Né à Brest le 30 avril 1912, saint-cyrien, le
lieutenant Simon se porte volontaire, en janvier 1940, pour servir comme
observateur d'avions à Tours, où il se lie d'amitié
avec le sous-lieutenant Pierre Messmer.Les deux hommes, qui refusent l'armistice
de juin 1940, rejoignent Marseille et s'emparent d'un cargo italien dont
la vente de la cargaison permettra de payer les soldes pendant trois mois.
Dès son arrivée à Liverpool, le 15 juillet 1940, Jean
Simon s'engage dans les Forces françaises libres et est affecté
à la 13e demi-brigade de la Légion étrangère
(DBLE)
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Avec cette unité, il participe à tous les combats : Dakar,
le Gabon, la campagne d'Erythrée. En mars 1941, il est cité
à l'ordre de l'armée. Il le sera une nouvelle fois, le mois
suivant, lors de la prise de Massaouah, et est fait compagnon de la Libération
par le général de Gaulle. En juin, durant les combats fratricides
de la campagne de Syrie, il est blessé et perd son œil droit. Promu
capitaine, il participe ensuite à la campagne de Libye sous les
ordres du général Koenig. Il est à nouveau cité
à l'ordre de l'armée à l'occasion du siège
de Bir-Hakeim (mai-juin 1942). De retour en Egypte avec son unité,
il participe à la bataille d'El Alamein. Il fait ensuite la campagne
de Tunisie et d'Italie. Promu commandant à la fin de la campagne
d'Italie, il débarque à Cavalaire, en Provence, le 30 août
1944, et part combattre dans les Vosges et à Belfort. Blessé
à Thann, dans le Haut-Rhin, par un éclat d'obus, il participe
aux combats pour la défense de Strasbourg et à la libération
de Colmar. ORIGNE
: www.lemonde.fr |
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LE MAGAZINE
DU SITE NORMANDIE 44 LA MEMOIRE DE PHILIPPE CORVE EST PARTENAIRE DU MAG'44.
>>>DECOUVRIR
LE
MAGAZINE DE NORMANDIE 44 LA MEMOIRE - Novembre 2003
Une vie, un Art. Par Lisa
Hermeline

Tout bon
passionné du débarquement de Normandie connaît Robert
Capa (au moins de nom). En effet, ses photos du 6 juin 1944 ont fait le
tour du monde même si elles étaient "juste un peu floues".
Capa est né le 22 octobre 1913 en Hongrie de parents juifs non pratiquants.
De son
véritable nom Endre Friedman, Capa n’est qu’un des nombreux patronymes
qu’il adoptera au cours de sa vie. Enfant, Capa gracieux et attachant
suscite l’admiration des passants.Avec ses cheveux noirs et son teint basané,
il pourrait être gitan. On l’appelle alors Bandi jusqu’à ses
20 ans, date du début de sa carrière professionnelle. C’est
un adolescent ouvert, intrépide, indépendant; il manifeste
très tôt un intérêt pour la politique.

Au lycée
il souhaite devenir chroniqueur de presse mais il ne peut joindre l’université
à cause du régime fasciste et antisémite qui règne
à cette époque en Hongrie. Il manifeste donc contre ce régime
répressif et est arrêté, relâché mais
tenu de quitter son pays au plus vite.
A 17
ans il connaît l’exil politique. En 1931, Bandi étudie le
journalisme à Berlin tout en travaillant à coté pour
une agence photographique afin de payer ses études. On lui confie
bien vite un appareil pour couvrir de petites manifestations locales.
En 1932,
il photographie même un discours de Leon Trotski à Copenhague.
1933: Hitler est chancelier d’Allemagne.
Bandi doit fuir. Au printemps
1934, il rencontre André Kertesz, photographe hongrois à
succès.Il prend Bandi sous sa protection et lui apprend le métier.A
l’exemple de Kertesz, Bandi (qui francise son prénom en André)
adopte le Leica 35 mm, appareil petit et discret, presque considérer
comme un jouet mais pratique pour être "au cœur" des reportages.
La même année, il rencontre une deuxième personne "clé",
la femme de sa vie, Gerda Pohorylle (Futur Gerda Taro).
Ils travaillent bientôt
ensemble. Elle soutient, l’aide et tous deux créent en 1936 le personnage
de Robert Capa, américain, séduisant et apprécié.
Gerda présente alors son travail sous ce nouveau pseudonyme, les
rédacteurs en chef achètent et publient. Ce surnom lui est
sans doute inspiré par le réalisateur Frank "Capra" et l’acteur
"Robert" Taylor. Capa photographie bientôt la guerre d’Espagne ou
les manifestations parisienne, ville où il s’est installé
depuis trois ans.
C’est en Espagne qu’il réalise
sans doute la plus grande image de guerre de tous les temps, celle d’un
républicain touché par une balle
Photo: Mort d‘un républicain
espagnol, 1936
Ses photos
paraissent désormais dans des journaux français mais aussi
des magazines à grand tirage anglais et américains.En juillet
1937 Gerda meurt en Espagne alors qu’elle couvrait une bataille. Capa,
qui devait l’épouser, ne se remettre jamais de sa disparition. Début
1938, Capa travaille sur un documentaire consacré à la résistance
chinoise face à l’envahisseur japonais.
Lorsque
la guerre éclate en 1939, Capa part pour New York, réalisé
plusieurs reportages pour Life et devient correspondant de guerre de l’armée
américaine. Il couvre le blitz à Londres, l’Afrique du nord,
la Sicile ou l’Italie.
En 1944, le 6 juin, Capa
débarque avec la première vague sur Omaha beach, Normandie.
Photo soldat US, 6 juin
44
Il raconte:
"J’ai fermé mon appareil et je sens le froid de l’eau dans mon
pantalon. J’hésite à m’éloigner de mon poteau métallique
car à chaque tentative les balles m’y ramènent. |