
DECES DE PAUL CHAUSSE
Vétéran de la Campagne de Normandie, Compagnon de la Libération, l'Officier des Equipages Paul Chausse vient de s'éteindre à l'âge de 90 ans. Il participa à la Bataille de Dunkerque avant de rejoindre les forces Françaises Libres dès l'armistice et prend part aux Campagnes d'Afrique du Nord
et du Moyen Orient. Il débarque le 6 juin 1944 et participe à totalité de la Bataille de Normandie, faisant partie de l'héroïque assaut à la baïonnette de la Bataille de l'Epine. Paul Chausse était citoyen d'honneur de Ouistreham, Amfreville et Colleville Montgomery
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>>>DECOUVRIR LE MAGAZINE DE NORMANDIE 44 LA MEMOIRE
Lorsqu’en janvier 1945, l’Armée Rouge parvient en Pologne et libère le camp de Czestochowa, Edith ne sait que faire de cette sensation retrouvée : elle est seule, livrée à elle-même, affamée et frigorifiée sous des haillons qui même en Eté seraient tout justes acceptables. Agée à peine de 13 ans, son regard d’adulte crée un effroyable contraste avec un corps d’enfant décharné ; Edith est virtuellement morte, écrasée par l’horreur insondable du régime concentrationnaire, abandonnée par ses pairs en plein coeur de la Pologne. Pas tout à fait pourtant : le prêtre qui s’approche d’elle, la considère d’un regard bienveillant et la porte sur ses épaules pendant plusieurs kilomètres est jeune ; il dégage une force intérieure dont Edith se souviendra toute sa vie. A peine arrivé dans un village aux murs gris et maussades à l’image de l’Europe en guerre, l’homme lui offre une tasse de thé brûlant, du pain et du fromage avant de lui proposer de la conduire à Cracovie afin d’être prise en charge par les services de rapatriement. C’est ainsi qu’une petite Juive de 13 ans échappera à la mort qui lui tendait les bras, trop heureuse de s’abattre sur cette proie aussi jeune que facile à maîtriser. Le prêtre partira de son côté, à la recherche peut-être d’autres « Edith » en quête d’un peu de chaleur humaine et d’un morceau de pain.
Ce n’est que bien des années plus tard que la petite fille devenue une femme et établie en Israël ,apprendra le nom de celui a qui elle doit tout : Carol Woljiwa… Lorsqu’elle réalise que le petit prêtre Polonais de Czestochowa vient d’être élu Pape sous le nom de Jean Paul II, elle ne peut s’empêcher de s’évanouir… C’est bien le même regard profond, la même démarche, la même détermination sur lesquels le poids des années semble n’avoir eu aucune prise. C’est l’homme au pain, au fromage et au thé brûlant, c’est celui qui l’a poussée à survivre encore. Tel était Carol Woljiwa : simple, déterminé et rayonnant. Au-delà de toute considération religieuse, l’humanité vient de perdre un homme de bien, un juste parmi les justes. Toute sa vie aura été consacrée à rapprocher les peuples, donner confiance aux plus jeunes tout en se montrant toujours sans faiblesse face aux régimes totalitaires : la Pologne, Solidarnosc et Lech Walesa n’auraient peut-être pas triomphé du joug communiste sans l’appui inconditionnel du souverain Pontife, tout comme le mur de Berlin qui lui gardera une dette éternelle. Jean Paul II savait faire tomber les murs, tous les murs ; même les plus insidieux que sont l’égoïsme, la dictature, la souffrance, la résignation. Il savait faire tout cela parce qu’intérieurement, il était resté Carol Woljiwa. Son rayonnement a dépassé la limite du Catholicisme : il a conquis l’humanité. On en connaît quelques uns croisés sur les chemins du soixantième qui feraient bien d'en prendre de la graine, tout en gardant un oeil sur leurs chevilles tuméfiées pour avoir trop enflé. Quand on manque de dimension spirituelle, on se rattrape comme on peut : par exemple en se posant le séant sur un fauteuil en velours entre deux canapés au saumon. Le 60ème fut celui des VIP, vrais et faux. Le pape fut à l'inverse viscéralement orienté vers les populations les plus humbles et les jeunes. C'est la différence entre quelqu'un qui n'a jamais oublié ses origines et d'autres qui voudraient se faire passer pour n'importe qui sauf ce qu'ils sont. Ils ont sûrement raison, ça ne peut être que mieux.
Côté préparatifs du prochain 6 juin, mer calme. tout se prépare dans l'indifférence générale, ne vous attendez donc pas à du cinémascope. Pour autant, quelques rendez vous nous tiennent déjà sur le qui vive , on se console comme on peut. On attend avec impatience que le Horsa annoncé en grande pompe et dans la réalité bâclé à grands coups de pompes en 2004, ci-devant installé au Mémorial Pégasus, soit enfin terminé... avec un an de retard. Parait que le Prince Charles, pas rancunier pour un sou, va revenir cette année rien que pour ça. Après avoir été pris pour un jambon l'année dernière. On piaffe devant les routes qui seront libres comme l'air, les vétérans arrivant en bus n'auront pas à se taper, cette fois-ci, quelques bornes en plein cagnard pour gagner les lieux de cérémonie. Fadaises ? Pardon M'sieurs Dames, c'est vraiment arrivé en juin 2004, aussi tordu et ingrat que ça puisse paraître. On va quand même pas insinuer que le très honorable Comité du Débarquement en endosse une part de responsabilité : on n'a pas l'ombre d'une preuve pour le dire. Surtout qu'ils ne savaient même pas que des vétérans devaient venir. Alors, faudra chercher ailleurs pour trouver un bouc émissaire. Le comité du soixantième alors ? Pas davantage, ils étaient trop occupés à faire leurs comptes et boucher les trous qui fleurissaient ça et là. Ou ne pas les boucher du tout, entraînant vers la gamelle quelques PME et restaurateurs qui s'en seraient bien passés. Si trous il y avait alors que normalement tout devait tomber à peu près pile poil, c'est que des fifrelins se seront évaporés en route : on aurait du les arroser, ils ne se seraient pas déshydratés Si vous vous demandez d'où on tient pareil scoop, souvenez vous que l'édito est caricatural avant tout, une Comedia dell'Arte des temps modernes si vous préférez. Rien de ce qui y est écrit n'est vrai. Dans le pire des cas, on grossit la réalité, tout au plus; tout s'est donc bien déroulé en 2004, pas l'ombre d'une embrouille.. Dormez en paix bonnes gens. Les autres aussi, car même s'ils se retrouvent en guenilles - costume qui à notre goût est celui qui leur sied le mieux - à force de carabistouilles, ils peuvent toujours s'en sortir le séant propre. Il leur suffira juste de croiser un prêtre en soutane pour tenir leur salut de quelques tranches de pain et d'une tassé de thé brûlant. Mais ils devront aussi en retenir les leçons spirituelles ; ç'est ce qui leur sera de loin le plus dur.
Avec tout ça, on en aurait oublié de vous informer que le Mag compte un nouveau rédacteur en la personne d'Adrien Guilloteau, 17 ans et toutes ses dents. On appelle ça un pari sur l'avenir, mais sans gros risques tant le bonhomme sait déjà manier la plume. C'est dans le même esprit que le site du mois qu'on a décidé de nominer a été mis en ligne et créé de toutes pièces par un gamin de 15 ans. Un gazier dont nos huiles se contrefoutent : à cet âge là, on n'a rien à apprendre aux autres, si ce n'est l'art d'user ses culottes courtes sur les bancs du lycée. C'est une vue de l'esprit ; ce n'était pas celle de Carol Woljiwa. Lui savait que la Terre ne nous appartient pas et que ce sont nos enfants qui nous la prêtent. Quand on voit ce qu'on en fait, on se dit qu'avec ces gamins-là, le Mag a tout à y gagner. Ils comprennent beaucoup plus vite que les adultes Les leçons de Czestochowa. Au mois prochain.


Le 1er Bataillon de Fusiliers Marins Commandos ne disposait pas de sites jusqu'à présent. C'est maintenant chose faite avec cette très intéressante rétrospective de la célèbre unité de Philippe Kieffer. De son histoire à l'inventaire détaillé de ses équipements, campagnes et tradition, pas un bouton de guêtre ne manque. Tout au plus peut on regretter un design qui gagnerait à être allégé et moins chargé en couleurs vives.
Sheila Slater est fille de vétéran Anglais, son père ayant débarqué le 6 juin 1944 avec la 50ème DI à Ver sur Mer. Elle a souhaité nous faire parvenir ce poème, écrit au mois d'avril après la visite du cimetière de Bayeux
Le Cimetiere de Bayeux.
HENRI LEFEUVRE, UN RESISTANT MECONNU
Par Adrien Guilloteau

Voici l’histoire d’un homme parmi tant d’autres, se déroulant durant la seconde guerre mondiale. Un homme dont les manceaux pourrait être fiers, mais malheureusement ne le connaissent pas ou seulement l’avenue qui porte son nom. Cet homme, c’est Henri Lefeuvre. Cette histoire, c’est l’histoire que tout le monde peut trouver dans sa ville à propos d’un résistant… Henri Lefeuvre est né le 22 mars 1882 à Marolles-les-Braults, petite commune de la Sarthe (72). D’origine modeste, il devient maître d’école pendant 29 ans de 1908 à 1937. On le dit très apprécié de tous, se consacrant avec attention à l’éducation des enfants du quartier. C’est un personnage public de la vie politique sarthoise. Militant socialiste il est conseiller général de la Sarthe. A la mort de Félix Geneslay, il est élu maire de la ville du Mans le 25 février 1938. Son dévouement le font devenir successivement président de la ligue des droits de l'homme et de la fédération des oeuvres laïques de la Sarthe.C’est en tant que maire du Mans, depuis l'hôtel de ville, qu’il assiste, le 18 juin 1940, à la venue des soldats allemands dans une ville abandonnée par la majorité des habitants

Il monte dans une
voiture allemande sous les ordres des autorités militaires et parcoure les
rues de la ville dans le but de prévenir la population de ne rien tenter
contre l'occupant. Maintenu dans ses fonctions, il est par la suite révoqué
par le gouvernement de Vichy et remplacé le 12 mai 1941 par Eugène Chamolle,
un ancien fonctionnaire des Finances. Mais Henri Lefeuvre est loin d’être
passif... II profite de sa renommée et de ses relations pour entrer en
résistance. Dans un premier temps seul, il va ensuite intégrer des
structures plus importantes qui lui permettent d’augmenter les actions. Le
groupe "Antoine" du circuit "Autogiro" fondé par Henri Lefeuvre est
démantelé par un membre de l'Abwehr: Bleicher. Après ce revers Henri
Lefeuvre poursuit ponctuellement son action résistante. Entré dans un réseau
pour préparer l'après-guerre et aidé des ses deux anciens adjoints
municipaux : Roger Bouvet et Alexandre Oyon, il a pour mission le
recrutement de cadres et la collecte d’informations sur les bases
d'aviation. Par ces opérations Henri Lefeuvre est amené à rencontrer les
membres du mouvement Libération Nord.
A cause des arrestations massives à Paris en mars 1943 une réorganisation
des mouvements O.C.M. (Organisation Civile et Militaire) et Libération Nord
est nécessaire : ils fusionnent en juillet 1943 et se spécialisent dans la
résistance administrative. Henri Lefeuvre, en tant qu'ancien maire, fait
jouer ses relations à la mairie dans l’optique de la fabrication de faux
(pour des cartes d'identité, des certificats de démobilisation (STO), des
certificats de travail) ou encore des vols (pour des cartes
d'alimentation…). Des arrestations dues à des erreurs et à l'activité accrue
de la Gestapo décapitent le réseau. Le 21 février 1944 Alexandre Oyon est
arrêté et déporté à Neuengamme puis transféré à Sachsenhausen-Mauthausen, il
ne reviendra pas des camps de concentration, mort le 27 mars 1945 à
Amstetten. A peine deux semaines plus tard, le 5 mars 1944, Henri Lefeuvre
est arrêté en compagnie de Roger Bouvet. Il est emprisonné aux Archives,
lieu de torture et est interrogé au 92 rue des Fontaines par les hommes de
main de la Gestapo. Le 1er Juin il est interné à Compiègne, le 4, il est
déporté à Neuengamme en même temps que ses deux adjoints municipaux. Roger
Bouvet décède le 10 décembre 1944. Déporté dans le camp d’Oranienburg
l’ancien maire est entassé dans un hangar et est brûlé vif au lance-flammes,
il décède à Gardelegen (Est de l'Allemagne, près de Magdeburg) autour du 13
avril 1945.
Après la libération de la ville du Mans du 8 août 1944, Henri Lefeuvre a été
rétabli dans ses fonctions le 5 septembre 1944, et sa mort n’étant pas
connue, les Manceaux le réélirent maire le 29 avril 1945.C’est ainsi que la ville du Mans rend hommage à toutes les victimes de la
déportation en recouvrant le monument de la résistance d’un drap rayé bleu
et gris, piqué d’une étoile jaune et d’un triangle rouge frappé de la lettre
F (déportés français). Mais seul une avenue rappelle le destin tragique mais
héroïque du maire résistant et de ses compagnons…

