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Merci à Sylvia, fille de Kelly Lynch pour son aide précieuse. Specials thanks to Sylvia, Kelly Lynch's daughter.

Le private Kelly Lynch en 1944

Le combat de la côte 314, à laquelle M. Lynch a participé, est l'un des plus hauts faits d'armes de la Bataille de Normandie tout en étant parodoxalement l'un des moins connus. C'est en grande partie grâce au sacrifice héroïque des boys de la "Old Hickory Division" que la poche de Falaise sera fermée. voici l'histoire du 2nd Batallion, surnommé le "Bataillon perdu".



Insigne de la 30e DI.US, "The Old Hickory"

Kelly LYNCH aujourd''hui au milieu des          montagnes du Tennessee 

PREMIERES ARMES

Né en 1920 à Union County, Tenessee, Kelly Lynch est le troisième d'une famille de 12 enfants. "...Je me suis engagé dans l'Armée des Etats-Unis le 19 septembre 1942 et j'ai débuté l'entrainement à Camp Blanding en Floride. Puis, j'ai  participe avec mon unité d'instruction à des manoeuvres dans le Tennessee, avant de gagner le camp d'Aterberry, Indiana. Au cours de l'année 1943, on m'a  affecté au 120e d'infanterie, régiment intégré à la 30e DI,  surnommée "the Old Hickory" . Je me trouvais à la compagnie F, commandée par le capitaine Erickson, l'homme qui a tenu la cote 314. Ma section était placée sous les ordres du lieutenant Fairbanks. 

Conduite à New York, la division prend la route pour l'Angleterre. Kelly embarque à bord de l'USS Argentina, vers cette Europe en guerre qu'il ne connait pas autrement que dans les livres d'images, comme la plupart de ses jeunes compatriotes.

Sur place, la division reçoit un complèment de formation. Pour sa part, Kelly est formé au service de la mitrailleuse de cal.  30 sur trépied : Il devient chef de pièce et le sera à Mortain, face à la division Das Reich.

Sur place, la division reçoit un complèment de formation. Pour sa part, Kelly est formé au service de la mitrailleuse de cal.  30 sur trépied : Il devient chef de pièce et le sera à Mortain, face à la division Das Reich.En mai 1944, le 120e d'infanterie est prêt au débarquement, le moral est d'un très haut niveau, malgré le temps exécrable et le vent qui balaie incessamment les côtes britanniques. La 30e D.I est prévue en second rideau, à J + 7

PREMIERS COMBATS

Le 13 juin 1944, Kelly Lynch aborde les côtes Françaises à Omaha Beach. Il est soldat au 2e bataillon, compagnie F, et affecté au service d'une mitrailleuse 30. La division est aussitôt engagée, le 120ème RI libère Montmartin-en-Graignes dès le lendemain et se positionne sur la ligne Canal de la Vire-La Taute. Les premières semaines de combat sont consacrées a asseoir les positions alliés durant la "Bataille des Haies". Les pertes  sont lourdes et les Américains progressent difficilement. Kelly remarque l'accueil chaleureux des Normands : "Ils furent merveilleux avec nous, mais beaucoup avaient fui à cause de la dureté des combats, je me souviens d'une jeune Normande, qui nous offrit du lait frais, par deux fois..."

Vue de la plage d'Omaha Beach, telle que Kelly Lynch la découvrira le 10 juin 1944. Cette photo a été prise trois jours plus tôt et montre la mise à terre de la 2e DI.US

    Entrée de la 29e division d'infanterie dans SAINT LO

Les 24 et 25 juillet 1944, le 120e RI est aux abords de Saint Lo, lorsque 1500 bombardiers déferlent sur cette même Panzer-lehr, déversant 6.000 tonnes de bombes sur ce qui sera quelques heures plus tard le fantôme d'une division d'élite.

SAINT LO, VILLE MARTYRE

Le 7 juillet, les 117è et 119e RI  franchissent  la  Vire tandis que  le 120è  franchit la ligne de front, établissant une tête de pont à St Jean-de-Daye  permettant à la 3ème DB.US de progresser.  Leur offensive est contrariée par la Panzer-Lehr de Bayerlein, certainement la meilleure unité blindée présente sur le front Normand. Périers est libéré après de durs affrontements  le 14 juillet, jour de fête nationale Française. 


Dans les ruines de Saint Lô. 

Le private Lynch est à ce moment à quelques dizaines de mètres du Général Mc Nair, commandant en chef des forces terrestres des Etats-Unis. Des avions de la Task Force commettent alors une tragique méprise :"Ils nous ont bombardés par erreur, relate M. Lynch, et j'étais aux première loges si je puis dire. J'ai juste eu le temps de sauter dans un fossé, entouré de gravats... C'est ce qui m'a sauvé la vie. Le général a eu moins de chance que moi, il a été tué, par nos propres avions. c'est à proximité de cet endroit que le capitaine Bell, qui commandait notre bataillon a été tué, il se trouvait dans un blockhauss"... Le capitaine Ernest W.Bell (matricule n° 0462628) fut décoré de la "Silver Star" et de la "Purple Heart". Son corps repose au cimetière d'Omaha, plot 7 , rang A, tombe 14. (Sources René Bonatti).On relevera 111 corps de soldats Américains, bombardés par les leurs.  Ce jour-là, l'enfer était descendu sur terre, aux portes de Saint Lô. La Panzer Lehr a cessé d'exister, elle a été pulvérisée, réduite à néant, écrasée sous 6000 tonnes de bombes. Victoire tactique incontestable, la bataille pour Saint Lô aura couté un mort par mètre gagné aux divisions Américaines...

Les combats furent terribles, confie Kelly Lynch. Je me me souviens de cet instant ou j'ai vu un Panzer IV avancer droit sur nous.  Notre position ne nous permettait pas de reculer ou de nous protéger. Je suis resté pétrifié en me disant que c'était la fin et qu'il ne me restait qu'à mourir. il m'était impossible de faire le moindre geste, j'étais paralysé, sans pouvoir faire quoi que ce soit.  Au bout de quelques secondes, j'ai senti que quelqu'un me tirait le pied, cela m'a fait réagir : c'etait le Lieutenant Fairbanks, mon chef de section, qui me jeta : allez  Lynch ! on continue ! Réagis !... C'est ainsi que nous avons finalement détruit ce blindé. Je crois que sans l'aide du lieutenant, j'aurais été écrasé sous les chenilles du char, sans esquisser le moindre geste . Ces "moments de vide" sont arrivés à presque tout le monde, nous étions tellement sous pression que nos nerfs nous jouaient des tours de temps à autre, d'un côté comme de l'autre".

Les Allemands sont les grands perdants de la bataille pour Saint Lo. Les deux régiments de grenadiers de Bayerlein (985e RI et KG Heinz)  ont perdu 1000 hommes, soit 50 pour cent de ce qui leur restait. Seuls 7 chars Panther et un canon parviendront à sortir du brasier dont la fumée noire s'élève à plus de 1000 mètres dans le ciel. A l'origine, cette division d'elité totalisait 15.000 hommes et 250 blindés lourds.  Saint Lô est tombée, mais les américains ne libèrent qu'un champ de Ruines ; tout comme la Panzer-Lehr, elle avait péri elle aussi.

A Dangy, après l'anéantissement de la Panzer Lerh, un officier de Von Kluge vient à la rencontre du général Bayerlein en lui demandant de tenir la ligne de front Périers-Saint Lô.

La réponse du général est cinglante. Elle reflète aussi le sentiment partagé par la majeure partie des unités allemandes en cette mi-juillet 44 ::"Général, soyez assuré que tout le monde tiendra. Mes grenadiers tiendront, de même que mes chasseurs de chars. Aucun n'abandonnera sa position.Ils sont tous morts dans leurs trous. Vous direz au Maréchal que la Panzer Lehr n'existe plus et il qu'il n'y a plus que des morts"...
 

Photo ci contre : Fritz Bayerlein,commandant la Panzer Lehr

.Le 25 juillet 1944, la "Old Hickory" dépasse Saint Lo dans le cadre de l'opération COBRA. La division libère Troisgots le 31 juillet 44 et relève la "Big Red One" près de Mortain le 4 août 44. Le 2è bataillon du 120e RI prend position sur la cote 314, point de vue dominant la Normandie et ouvrant vers la Bretagne. Cette position leur a d'ailleurs été indiquée par deux Mortainais, M. Josset et son fils Jean.  Les G.I's creusent leurs emplacements de combat et attendent la contre attaque Allemande, baptisée opération Luttich ("Liège"). Décidée par Hitler et son etat-major, elle est supposée briser la percée Américaine au sud d'Avranches et créer une base d'opération décisive contre "le front d'invasion allié".  Contre l'avis de Jodl, Von Kluge a prévu d'attaquer le 7 aout 1944.

Les 1er et 2e bataillon du 120e investissent les lisières ouest de Mortain. L'opération Luttich a pour but de  briser la percée alliée et permettre à la VIIe Armée de se réorganiser. Si l'opération échoue, les derniers espoirs Allemands s'envoleront.  Les 117 et 119e Régiments d'infanterie se positionnent au nord de Mortain. Face à la 30e D.I, quatre divisions blindées (incomplètes) vont tenter de percer : les 1ere ("Liebstandarte Adolf Hitler") et 2ème SS Panzer Division ("Das Reich") , la 2e Panzer (qui sera d'ailleurs laminée quelques jours plus tard par la division Leclerc) et la 116e panzer division. deux  Kampfgruppe de la 17e SS Panzer ("Goëtz Von Berlichingen")  se joignent au dispositif, au nord de Sourdeval. Sur la côte 314, se trouvent également neuf civils Normands, qui partageront durant 6 jours les vivres dont ils disposent et le sort de leurs 800 compagnons alliés         voir la carte des lieux

LA COTE 314 : LE COMBAT DECISIF

Sur place, la 30e DI est renforcée par des éléments des 4e et 9e DI, ainsi que par des blindés du combat Command B de la 3e D.B. Le 7 août, vers 01 heure, l'opération débute : les 1ere, 2e  et 17e SS panzer passent  à l'offensive et bousculent  les éléments Américains qui perdent Romagny. Néanmoins, ils se ressaisissent rapidement et s'accrochents becs et ongles aux collines 314 et 285. ils sont appuyés par une offensive aérienne, pendant laquelle 150 chars allemands seront détruits par les roquettes des Typhoons.

Progression d'une colonne de la 30e DI en juillet 1944

Kelly Lynch partage  son emplacement de combat avec son chef de groupe, le sergent Farris, face au carrefour de Blanche l'Abbaye. La compagnie F est repartie tout autour du point coté 314, aux ordres du capitaine Reynold Erickson. "Je me trouvais de l'autre coté de la colline par rapport au Cne Erickson, lorsque les Allemands le firent prisonniers durant les combats, j'ai tout vu sans pouvoir faire quoi que ce soit pour lui. En ce qui me concerne, j'étais à proximité d'un carrefour, au bas de la colline, nous avions pour mission de constituer un bouchon antichar ".  L'appui est fourni par un peloton du 120e renforcé par le 823rd Tank Destroyer Bataillon. Cet apport sera d'une aide inestimable tout au long de l'offensive Allemande, ou plus de 40 blindés seront détruits.

Carte de l'opération LUTTICH. Cliquez ici pour agrandir

En outre, les tirs de barrages américains empêchent l'ennemi qui a reconquis Mortain toute jonction vers les artères décisives et convoitées. La capture de la ville ne leur est donc d'aucune utilité. Dans la journée du 7 aout, les "assiégés" recoivent le renfort d'éléments de la 35 e DI et d'un détachement mixte de la 2e DB du général Leclerc (Spahis et Chasseurs d'Afrique), qui prennent position au sud du dispositif, vers Barenton. Une fois encore, le tribut payé par la population est lourd : plus de la moitié des 394 habitations de la ville sont détruites ou inhabitables, 1111 des 1726 habitants sont sans abri.

Sur la colline 314, les pertes sont élevées, mais Kelly et ses camarades s'accrochent à leurs positions, repoussant les attaques Allemandes les unes après les autres. Bientôt, tout vient à manquer : vivres, munitions, plasma, eau... Profitant de la situation quasi-desespérée, un émissaire SS se présente le 10 aout 1944 au capitaine Rohmiller et au sergent Wingate qui accueillent sa demande de reddition sur ses mots : Allez au diable et fichez le camp de cette foutue colline si vous ne voulez pas qu'on vous descende !!!.. Plusieurs tentatives d'intimidation seront réitérées par les SS, un blessé Américain retorquant à l'un d'eux : " I want no truce with those bastards !!!" (Pas de trève avec cette racaille). Ces tentatives s'étant toutes soldées par un refus catégorique des boys du "bataillon perdu" les assaillants imaginent tous les subterfuges, y compris les intrusions dans les lignes U.S au moyen d'uniformes américains, pris sur des morts.  Heure après heure, la soif se fait plus tenace, les munitions deviennent rares, les boys tombent les uns après les autres. Quelques parachutages de munitions, de sang et de vivres seront effectués mais la plupart tomberont dans les lignes Allemandes. Malgré une situation desespérée, le 2e bataillon ne cède rien ; autour de Mortain, tous se battent avec le même courage. Pendant cinq jours et cinq nuits, les attaques Allemandes se succèderont et se solderont toutes par un échec, alors que sur la colline 314 et ses abords, les pertes sont de plus en plus lourdes, le "Bataillon perdu" continue de s'accrocher à son caillou avec la fureur du desespoir.


                                                                 

                       Colonel Hamond D.Birks, commandant le 120e d'infanterie                                   Général Leland S.Hobbs commandant la 30e DI

L'ensemble du front Américain continue de tenir, malgré plusieurs jours de combat ininterrompu. Peu à peu, l'ennemi va deserrer son étreinte, Jodl lui-même ne croyant plus au succès de l'opération Luttich. Les efforts demandés par Hitler pour contenir le front vont conduire l'armée Allemande à sa perte et au désastre de Falaise deux semaines plus tard.

L'ennemi continue pourtant les tentatives d'intrusion dans les lignes d'Américaines, en utilisant les subterfuges les plus divers: "Alors que je me trouvais dans mon emplacement de combat avec le sergent Farris, nous avons vu arriver face à nous, à environ cent mètres un fantassin Américain armé de quelque chose qui ressemblait à un fusil anti-char. C'était vraisemblablement un observateur d'artillerie. Pourtant, sans expliquer pourquoi, j'ai eu la certitude que quelque chose ne collait pas.... Nous l'avons laissé approcher. J'ai alors pris la paire de jumelles de Farris et je me suis aperçu qu'il portait des bottes Allemandes, et non nos brodequins réglementaires ! J'ai lancé au sergent : C'est un Allemand ! il porte notre uniforme mais c'est un Allemand, ses bottes sont Allemandes !... Farris épaula son USM1. une détonation éclata, nous vîmes le soldat s'écrouler à quelques dizaines de mètres de nous. Plus au loin, dans les fourrés des mouvements étaient visibles, comme un groupe battant en retraite. Nous venions de déjouer une nouvelle attaque... Si elle avait réussi, les canons de 57 qui nous restaient encore auraient été détruits et dès lors, nous n'aurions pu nous opposer à une autre offensive, c'était fini pour nous.



Bataille de Mortain. Canon antichar de 57 mm

Le courage du bataillon perdu et des troupes de la 30e DI avait fait pencher la balance en faveur des alliés.Le 12 août 1944 fut jour de délivrance. Les cloches des églises encore debout pouvaient alors  se mettre à sonner. Le 120e, à bout de forces était relevé par le 320e RI (35e D.I.US). On retira 574 corps de la colline 314 et de ses abords. Le régiment avait subi de lourdes pertes, mais il avait tenu bon... Les blessés et les rescapés durent leur salut à leur courage et aux provisions que les neuf civils Normands partagèrent avec eux tout au long du siège. La contre attaque de Von Kluge venait d'échouer, Avranches n'avait plus aucune chance d'être atteint. La Old Hickory Division venait de sceller le destin de la 7e Armée Allemande. Le département de la Manche était maintenant totalement libéré. Il pouvait savourer la Liberté retrouvée et reconstruire un patrimoine en grande partie détruit lors des affrontements.

Photo de groupe en Angleterre en 1944. Kelly Lynch est debout, à l'extrême gauche de la photo. Cliquez ici pour agrandir.

SOURCES BIBLIOGRAPHIQUES

"Connaissance de l'histoire", n° 14, juin 1979 Editions Hachette. "La Manche meurtrie et libérée", 1946, Editions J.Forsant . "D.Day Normandy, 1994", Editions Brassey's USA."Normandie Album Mémorial"  G.Bernage. Editions Heimdal, 1994. "La Manche libérée, M.Boivin", V.Corbrion. Editions Corbrion 1994. "Cobra, la guerre des G.I's", G.Bernage.  Editions Heimdal, 1984

NDLA : Aujourd'hui, les traditions de la Old Hickory sont conservées par la Garde nationale de Caroline du Nord.

Pour Kelly, la guerre continue. "J'ai participé à la fermeture de la poche de Falaise avec la Old Hickory, puis ce fut la bataille des Ardennes. La campagne de France pris fin pour moi en Allemagne, le 17 novembre 1944 ou je fus gravement blessé. J'ai alors été rapatrié en Angleterre, ou je restai 67 jours en convalescence avant d'être de nouveau affecté en France, à Langres (52) au sein de la 1230th Labor Supervision Company. J'y suis resté jusqu'en octobre 1945 avant d'être embarqué pour New-York avec mes camarades. Tout au long de la traversée, je n'ai eu qu'une idée en tête : embrasser la première femme que je verrai ; c'était une manière d'exprimer ma joie d'être toujours vivant, après ce que j'avais vécu en Europe.... C'est ce que j'ai fait.  Je suis allé au devant de la première femme que j'ai vu, je lui simplement dit que j'avais combattu en Normandie, que j'étais heureux d'être encore en vie et que je souhaitais l'embrasser... Elle m'a elle regardé, droit dans les yeux, et m'a dit d'une voix calme :" Alors, me voici !...". C'était le 11 novembre 1945, au port de New-York.

Kelly Lynch est revenu en Normandie, il y a un an, ce pour la première fois depuis 1944. Il était accompagné de sa famille et a retrouvé une région qui restera à jamais dans son coeur et sa mémoire : "Toute ma vie, je serai heureux et fier d'avoir combattu en Normandie. Si c'était à refaire, je le referais sans hésiter".

                                                                                                 Propos recueillis en septembre 2001