RETOUR SOMMAIRE  L'AVENTURE DU CASABIANCA   |  TEXTE DE J.H MONTES

AGE DE 15 ANS LORSQU' EN 1938 IL S'ENGAGE DANS LA MARINE, JEAN COUTURIER NE SE DOUTE PAS QU IL VIENT D ENTRER A SA MANIERE DANS LHISTOIRE. DE NARVIK A OUISTREHAM EN PASSANT PAR LA HOLLANDE, VOICI LE TEMOIGNAGE DE L'UN DES 177 FRANCAIS DU JOUR J.

CET ARTICLE EST DEDIE A MON AMI JEAN COUTURIER EN TEMOIGNAGE D'AMITIE ET DE PROFONDE ADMIRATION, AINSI QU' A SES FRERES D'ARMES DU N° 4 COMMANDO

Le corporal D.R Jean Couturier en 1943

Lorsqu'il s'engage à 15 ans à l'Ecole des mousses de Brest, en octobre 1938, Jean Couturier veut avant tout "faire carrière"..Comme beaucoup de Français, il reste optimiste tout en étant  inquiet pour l'Europe, devenue instable. Un an plus tard, la France entre en guerre. Sa formation est donc écourtée  :"""Je me souviendrais toujours de notre matériel désuet, nous nous entrainions au tir à l'arme légère au moyen de fusils "gras", chargés de balles que nous " bourrions"  manuellement. Nous n'étions pas adaptés à ce qui nous attendait, sur terre tout au moins"... Il gagne le contre-torpilleur l'Adroit, navire de l'escadre commandée par l'Amiral Lacroix. "Nous avons participé à deux importantes missions maritimes en 1940 : le débarquement de Narvik où nous avons convoyé des légionnaires (Note : 13e Demi Brigade de la Légion Etrangère) et des chasseurs Alpins, puis lors du désastre de Dunkerque, nous avons assuré quatre voyages vers l'Angleterre pour rapatrié ce qui pouvait l'être, c'est à dire principalement des soldats, car tout le matériel est resté sur place""

 
Ces deux photographies inédites du contre torpilleur L'Adroit en Norvège  sont tirées de la collection de M. Couturier

A la quatrième traversée, le 20 mai 1940 l'Adroit est coulé lors d'une attaque de Stukas, il est un peu plus de 23 heures, le navire faisait face à Dunkerque. "...j'occupais à bord la fonction de radio, je me souviens bien de cette attaque, le bruit particulier des attaques de Stukas en piqué est encore présent dans ma mémoire. je me suis retrouvé à l'eau avant d'être récupéré par une vedette puis amené à Cherbourg, ou je suis resté en observation à l'hôpital militaire quelques jours. Je ne saurais vous dire ce qui s'est passé, même aujourd'hui cela reste un mystère, je ne sais pas comment j'ai pu faire pour rester en surface, je n'ai absolument aucun souvenir de ce qui s'est passé au moment du naufrage,  je ne me rappelle même pas avoir sauté dans la Manche !..

INSIGNE DU 1ER BATAILLON DE FUSILIERS MARINS COMMANDOS. CELUI DE M. COUTURIEUR PORTAIT LE NUMERO 155. LA DAGUE VISIBLE SUR LE BLOSON EST LA CELEBRE FAIRBAIRN SYKES ANGLAISE. CET INSIGNE A ETE DESSINE EN FEVRIER 1944 PAR MAURICE CHAUVET MEMBRE DU N°4 COMMANDO

Sain et sauf, Jean Couturier est dirigé vers Lorient puis Toulon  ou il embarque à bord du navire L'Algérie"en juin 1940. La "Royale" continue de sillonner les mers, mais conséquence de l'armistice, tous les navires de guerre Français sont désarmés et surveillés par une commission Germano-Italienne. A bord, le jeune Jean s'ennuie ferme.
A quoi bon naviguer sur un bâtiment sans canons... Il est admis à sa demande à l'école des sous-mariniers de Toulon en 1941et gagne le droit de servir à bord du Casabianca, jaugeant 1500 tonnes. Un an plus tard, la flotte Française se saborde. Le Casabianca échappe toutefois à ce suicide en compagnie de quatre autres sous-marins (le Glorieux, l'Iris,  le Marsouin et la Vénus). Le convoi parvient à gagner Alger, mais en partie seulement car la Vénus se saborde en pleine mer et l'Iris est capturée par les Espagnols..Le Casabianca servira au  cours de l' année 1942  à rallier à la Corse et organiser la resistance et les communications radio vers le continent Européen avec le concours des Etats-Unis. Le 24 décembre 1942, Jean Couturier et ses camarades du Casabianca s'apprêtent à se réunir au rowing club club de l'amirauté d'Alger pour réveillonner autour d'une table mieux garnie que d'ordinaire. Le clou du repas est un somptueux gâteau que les patissiers ont mis un soin particulier à préparer.

     

Le Casabianca servira au  cours de l' année 1942  à rallier à la Corse et organiser la resistance et les communications radio vers le continent Européen avec le concours des Etats-Unis. Le 24 décembre 1942, Jean Couturier et ses camarades du Casabianca s'apprêtent à se réunir au rowing club club de l'amirauté d'Alger pour réveillonner autour d'une table mieux garnie que d'ordinaire. Le clou du repas est un somptueux gâteau que les patissiers ont mis un soin particulier à préparer.Mais, à peine  les premières parts découpées, deux estafettes en tenue impeccable annoncent l'assassinat de l'Amiral Darlan. Tous les équipages sont mis en alerte dans la seconde... Jean Couturier et ses camarades seraient presque plus attristés par le sort du gâteau, qui se jouera sans eux que par cette nouvelle aux allures de bombe.. "Nous avions quand même tout prévu, les patissiers nous l'ont gardé au frais et à tour de rôle, chacun a reçu sa part ; nos officiers n'en surent jamais rien, bien évidemment"... A Alger, les relations avec les troupes alliées sont bonnes, sauf avec les Anglais dont l'attaque de Mers El Kébir n'attire pas réellement la sympathie des Français. "C'est pour cela, explique Jean Couturier, que les Britanniques portaient des tenues américaines à Alger, par mesure de discrétion. On peut dire qu'ils avaient à coeur de se faire oublier vis à vis de nous, nous ne leur avions pas pardonné cette attaque meurtrière. Inutile de vous dire que nous les attendions au virage, d'autant que nous étions, nous aussi, des marins..."...

En cette année 1943, notre homme se rend de plus en plus assidument chez sa tante Mme Roda dont la librairie du square Bresson est l'un des lieux de rendez vous des Gaullistes. Au mois de mai, il décide de partir pour l'Angleterre où il espère prendre une part plus active aux combats que chacun annonce... Ainsi, il fait partie de la petite troupe qui prendra en camion la route de Kérouan et d'Alexandrie
 


L'algérie en 1940, avant qu'il ne soit désarmé par la comission d'armistice
(collection J.Couturier)
 


Le Casabianca à Alger 


Officiers du Casabianca en 1941

De là, un bateau les attend et les conduira en Angleterre par le canal de Suez. A la fin du mois de juillet, le port de Liverpool est atteint. Ils ne rejoindront pas aussitôt les Gaullistes car plusieurs officiers des services de renseignement Britanniques vont les questionner pendant dix jours, puis convaincus de leur bonne foi, les remettent aux représentants Français à Londres. La caserne Surcouf sera leur premier point de chute, avant de déménager via la caserne Bir-Hakeim. 

C'est en lisant une affiche que Jean Couturier se laisse tenter par l'aventure de la nouvelle unité parachutiste Française libre. Il s'agit d'une unité d'élite, formée par le capitaine Bergé dont le French Squadron s'illlustrera en Afrique du Nord aux côtés de David Sterling, fondateur du S.A.S (Spécial Air Service). "Je me suis donc engagé pour le 1er Bataillon d'infanterie de l'Air, ce qui m'a permis d'être breveté parachutiste à Camberley. Mais, en remplissant un questionnaire de routine, j'ai naïvement mentionné une ancienne fracture. C'est ce qui m'a valu de ne pouvoir continuer davantage une carrière de parachutiste, au grand regret de Bergé, qui me sermonna d'ailleurs pour avoir été trop honnête!..."


Le quartier-maître Henri LE CHAPONNIER (Troop 8)

Le quartier maître Jean MOREL (Troop 8)

Insigne parachutiste Britannique de Jean Couturier, obtenu à Camberley


Inauguration du monument dédié au Commando Kieffer à LA BRECHE

    Nullement découragé, le jeune Couturier s'engage alors chez les "bérets verts". Cette unité commandée par Lord Lovat accueille un contingent Français dans ses rangs. Après avoir passé avec succès les tests de selection (particulièrement ardus), l'entrainement se poursuit à Whrexham (Pays de Galles) au camp du 45e Royal Marines, puis à Achnacarry. Jean passe un à un les caps imposés par Philippe Kieffer à ses hommes. L'entrainement est dur, très dur, les blessés sont nombreux, parfois les morts... "J'étais en très bonne condition physique, mais j'avoue maintenant que tout cela était éprouvant, de jour comme de nuit, nous ne connaissions jamais notre emploi du temps... En une année, j'ai appris à lutter contre la faim, à ne pas dormir, à endurer les exercices les plus pénibles... Avec du recul,  j'ai compris que c'était grâce à ces exercices que je suis resté en vie,  que ce soit en Normandie ou en Hollande. On nous avait formé exactement pour ce qui nous attendait...Oui, tout cela était très dur mais indispensable"...

Affecté dans un premier temps au commando n° 10 interallié, Jean Couturier cotoie les nationalités les plus diverses. "La plupart des gens sont toujours persuadés que la 1ère S.S.B de Lovat ne comptait que des britanniques et des Français, ce qui est faux. Je me souviens d'une "troop" de polonais, dont la plupart furent tués à Monte Cassino, mais aussi de la "troop X" constituée d'Allemands dont une majorité de juifs. Cette unité fut assez peu employée, les Anglais n'ayant pas totalement confiance. """ Les Français sont logés chez l'habitant, à Bexhill on Hill. L'accueil est généralement chaleureux vis à vis des Frenchies qui sont accueillis comme un membre de la famille. "Le week-end, nous explique Jean, nous allions vers Picadilly, au Jacky club... c'était un pub tenu par Mme Jacky, que je n'ai jamais connu que sous ce nom."


Au "Jacky Club" en 1944.

De g. à dr : Masson , Léostic, Jovenin, Mme Jacky, Ropert, Gabriel

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14 juillet 1943. Troop n° 08 du capitaine Trepel

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En mai 1944, Couturier, alors affecté à la Troop n° 08 (voir ci-dessus), est désigné pour participer à un stage radio à la "School of Signalmen. Dès lors, il devient l'opérateur du Lieutenant Alex Lofi, un Sarrois d'origine parlant un Allemand impeccable. Les Français du n° 4 commando sont maintenant prêts à débarquer sur leur sol. "Ce terme des 177 Français n'est pas tout à fait approprié, nous précise M. Couturier car en réalité, certains d'entre nous ne l'étaient pas, même si ils combattaient dans nos rangs. C'est le cas de Rieffers, Luxembourgeois, des frères Neuwen qui étaient Belges, ou encore de Briand, un Canadien. C'est un détail, évidemment, mais connu de peu de gens..."

Il a souvent été dit que les Français de Kieffer connaissaient les lieux ont ils allaient être débarqués, bien avant leurs camarades alliés. C'est vrai, confirme Jean Couturier, le premier a avoir retracé les lieux est un officier marinier nommé Bagot, qui était correcteur de cartes géographiques. Il reconnu aussitôt les alentours de Ouistreham, la nouvelle se propagea vite dans nos rangs. C'est ce qui vaudra aux Frenchies d'être mis au secret durant les trois semaines qui précèderont le jour J.

Officiers du 1er BFMC

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School of signalmen, Bexhill on Sea, mai 1944

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LA NORMANDIE

Le Jour J est maintenant tout proche. """Le dimanche après-midi nous faisons mouvement vers le port de Warsash pour embarquer mais le lundi 5 juin ,  mais l'opération est annulée. Le temps nous est trop défavorable. Nous embarquons donc une seconde fois ce jour-là, puis finalement nous prenons la route du large, cette fois-ci sera la bonne. Les conditions de la traversée furent telles qu'on les décrit souvent : il pleuvait, il faisait froid, la mer était très agitée, nous étions tous malades ou presque. Nous étions regroupés dans les LCI 523 et 527 et de temps en temps nous entendions la cornemuse de Millin, le piper de lord Lovat, notre commandant... Millin était Ecossais, il avait été choisi pour son appartenance au clan de Lovat.. C'est un des rares commandos à ne pas avoir effectué l'entrainement préparatoire (tout comme le docteur Lion, tombé le 6 juin) , mais cela ne l'a pas empêché de fort bien se comporter.. Je ne fréquentais pas Bill personnellement, car il ne parlait pas Français, au contraire de Lord Lovat et du Colonel Dawson. Mais nous le connaissions tous , pour l'avoir vu passer en long et en large avec sa cornemuse pendant notre période de mise au secret. Chacun d'entre nous a fini par connaitre à la perfection le son de son instrument. Je dois avouer que sans s'en rendre compte lui-même, il est devenu le point de repère des commandos. Pendant la traversée, l'entendre jouer, même à distance nous a apporté un immense réconfort... Même dispersés dans plusieurs bateaux, nous étions ensemble. On ne dira jamais assez quelle était notre cohésion à ce moment-là. Cette cohésion et cette fraternité entre commandos nous ont fait faire des miracles. Avec du recul, c'est comme cela que je vois les choses. Hitler l'a même renforcée en nous condamnant à la mort en cas de capture. Finalement, cela n'a fait qu'augmenter notre combativité et notre osmose.

La flotte approche maintenant des côtes Normandes. Le jour commence à se lever. "... Ce qui m'a le plus impressionné, explique M. Couturier, était tous ces ballons attachés aux bateaux, ils y en avaient des centaines, à perte de vue, c'était hallucinant, je me suis rendu compte à cet instant de l'opération gigantesque à laquelle nous participions. je n'ai plus jamais rien vu de tel, ce spectacle était presque irréel, c'est à ce moment que j'ai pris conscience de ce que nos chefs avaient mis sur pied"... Puis, à 7h 30, les LCI libérent -enfin- le n° 4 commandos, face à la Brèche. "...Contrairement à toutes les idées reçues, et surtout aux images du film Le Jour le plus long, nous n'avons pas débarqué face à Ouistreham et en bord de plage. Nous  étions nettement  plus à droite et nous avons commencé notre progression avec de l'eau jusqu'à la taille, chargé de sac à dos de 60 kgs . Un obus de mortier a atteint de plein fouet l'avant du LCI 527, provoquant l'effondrement du pont, mais l'abordage de la plage me parut se faire sans réaction de l'ennemi, qui riposta après que nous ayons sectionné le premier réseau de barbelés..." Jean Couturier ajoute. "...En fait, je crois qu'à cet instant, chacun a perçu quelque chose de différent, lorsque nous en avons discuté après les combats, Bolloré par exemple se souvenait d'une riposte farouche. A peine sorti de mon L.C.I, j'ai couru, aussi vite que j'ai pu le faire, notre premier objectif était de nous mettre à couvert. Finalement, je n'ai pas prêté attention à ce qui pouvais se passer autour de moi, j'ai couru, de manière presque machinale. L'instinct de survie, sans doute."

La plage est franchie rapidement, non sans quelques pertes, comme celle de "Pépe" Dumenoir, combattant de la première heure, qui demandera qu'on le porte face à la mer, quelques minutes avant qu'il ne meure... Les sacs sont déposés hâtivement dans une ancienne colonie de vacances puis les commandos de la troop 8 reviennent sur leurs pas. "...Nous devions en effet réduire pas moins de sept blockauss, des "pilloboxes"  situés sur la plage, c'est ce que nous avons fait .Pour la petite histoire, je n'ai jamais retrouvé mon havresac. Il a disparu, volé ou pris par erreur, je ne le saurais jamais..."   Puis, direction Riva Bella pour la prise du casino. "...Nous devions faire la jonction avec la troop 1 et la K.gun avant tout. Puis nous nous sommes portés vers le casino, la riposte Allemande était très virulente, mais je crois que notre rage et notre coeur ont fait la différence, rien ne nous arrêtait plus, nous étions chez nous"...


Le fusilier marin commando Raymond Rabouhans en 1943

50 ans plus tard, en juin 1993 en compagnie de M. Couturier à Bavent (14) (M. Rabouhans est décédé en 1995)


Le 5 juin 1944, Jean Couturier ( à droite)  embarque à bord                  du L.C.A n° 523


Chateau de Colleville sur Orne
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Après la prise du casino, la troop 8 se dirige vers le PC Allemand situé dans l'ancien chateau de Colleville-sur- Orne (qui plus tard deviendra "Colleville-Montgomery"), qui tombe à son tour. Le prochain objectif est le fameux  pont de Bénouville où les attendent le Major Howard et ses Oxs and Bucks. Couturier et le Lt Lofi sont en tête du dispositif, précédant le reste de la Troop.  Lovat et son piper se trouvent à 200 mètres en retrait. "...Nous devions en effet protéger les manoeuvres de relève par un écran de fumigènes et pour cela il nous fallait passer au delà du pont. Nous sommes passés en premier sur Pegasus Bridge, une fois passés de l'autre côté, nous nous sommes répartis de part et d'autre de la berge, couvrant ainsi le franchissement du pont par Lovat.. " Couturier et ses camarades assurent donc une protection à la troupe qui leur emboite le pas. Bill Millin et Lovat franchissent le pont , au son de "Blue Bonnet over the Border". Malheureusement l'histoire de retiendra pas que ceux qui protégaient ce duo légendaire étaient des Français... Cela fait, direction Amfreville ...

M. COUTURIER (Cdt Troop n°8)  en 1993, en compagnie de PAUL CHOUTEAU. 

La réaction Allemande est toujours violente, les obus de mortier pleuvent sur les commandos.. L'un d'eux explose à proximité du quartier maître Couturier, qui atteint au visage et au bras, tombe au sol. Il poursuivra pourtant sa mission jusqu'à l'extême limite des ses forces.  Finalement, Il sera  évacué vers Ouistreham, où les Anglais qui y ont installé un poste de secours font des merveilles malgré les circonstances.. Jean est hors de danger, mais ses blessures sont suffisamment graves pour qu'il ne puisse suivre son unité. Il sera donc rapatrié en Angleterre, dans...les barges utilisées pour le débarquement."...Tout avait été prévu, c'est absolument incroyable, les barges étaient aménageables pour servir de bateaux de transport pour blessés. C'est avec des points de détail comme cela que nous avons compris à quel point le débarquement avait été pensé dans ses moindres détails.."  Jean Couturier et de nombreux commandos seront soignés à Beaconsfield pour une rapide convalescence.


 A Beaconsfield (Angleterre) en juin 1944

De g. à dr Bourret, Naud, Lechaponnier, J.Couturier, Bougrain, Laventure

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Une fois rétabli, Jean Couturier rejoindra la troop n° 8 avec qui il participera à la fin de la bataille de Normandie, avant de poursuivre son périple à Flessingue ( Hollande) où il sera de nouveau blessé. Mais ceci est une autre histoire...Longtemps, Jean  taira ce qu'il a vécu.."Pendant des années, personne n'a su que des Français ont débarqué en Normandie, si j'avais raconté tout cela, je pense qu'on ne m'aurait cru. A l'époque, les gens qui n'étaient pas au coeur des évènements l'ignoraient totalement !..De ce fait, je n'ai pas le sentiment d'avoir fait quelque chose sortant de l'ordinaire".

FLESSINGUE

Les trois premières semaines du mois de septembre se passent en Angleterre, pour un salutaire reconditionnement des hommes durement éprouvés par les combats de Normandie et  leur matériel.

"Nous avons ensuite gagné la Belgique, ou nous sommes entraînés quelques semaines, pendant que les armées Allemandes étaient refoulées vers le Nord de l'Europe. En octobre, les alliés étaient entrés en Hollande, les choses allaient très vite, trop vite même. L'approvisionnement ne pouvait plus suivre, nos troupes ne pouvaient donc plus continuer plus en avant si un port proche des combats n'était pas dégagé. Il fallait donc investir Anvers, c'était presque l'endroit idéal. L'opération Market Garden venait aussi de débuter, nous avons appris que les parachutistes Anglais étaient bloqués à Arnheim. Il fallait faire quelque chose, par exemple une manoeuvre de diversion pour attirer les Allemands vers les extérieurs. C'est ce qu'ont décidé nos chefs, voilà pourquoi nous avons débarqué à Flessingue".

Le 1er novembre 1944, les commandos Français, Anglais et Hollandais partent du nord de la Belgique puis prennent pied sur l'ile de Walcheren, Flessingue se trouvant au sud. Le commando Kieffer est à effectif réduit, les troops 1 (Lt Vourch) et 8 (Lt Lofi) prennent les appelations respectives n° 5 et 6, la K.Gun troop du Lt Amaury est repartie entre les deux sections. "D'ailleurs, souligne Jean Couturier, c'était l'une de ses missions essentielles : renforcer en cas de lutte anti-char les troops traditionnelles. Ce cas de figure s'est également passé en Normandie. Il n'était pas rare de voir les "K.Guns" détachés d'une troop à l'autre selon les circonstances." La reaction Allemande est très violente : les pièces de DCA à tube quadruple de 20mm parviennent à couler deux embarcations. Mais le n° 4 commando parvient néanmoins à prendre pied sur la terre ferme et un combat sans merci s'engage. Flessingue tombe le 3 novembre 1944. toutefois, l'occupant n'a pas quitté les iles avoisinantes. Ainsi, Jean Couturier et ses camarades seront engagés tout l'hiver 1944 pour des patrouilles de nettoyage sur les iles éparses autour de Walcheren.

Jean Couturier poursuit : "Pour moi, la campagne de Hollande s'est achevée le 17 novembre 1944, lors de l'une de ces missions. Les points de resistance Allemands existaient toujours et j'ai été atteint par un obus de mortier. Ma seconde blessure après la Normandie. j'ai été rapatrié en Angleterre et c'est ainsi que la guerre s'est achevée. Nous ne sommes rentrées en France que fin 1945. Au retour, notre impression fut très contrastée. On nous a rapatriés sur un bateau rendant l'âme dont les moteurs ne fonctionnaient plus, tiré par deux remorqueurs. C'est dans ces conditions que nous avons atteint le port de Brest. Lorsque j'y repense aujourd'hui, je me dis que nous la France a eu une curieuse manière de nous remercier.

J'ai été démobilisé à Belfort, ma ville natale, au début de l'année 1946, après 8 ans sous les drapeaux dont 5 ans de guerre. L'atmosphère était celle d'un pays déchiré, qui devait se reconstruire avec toutes les séquelles que l'on imagine, divisée entre les Pétainistes, les Gaullistes, les communistes. On nous a rassemblés dans la cour d'une caserne. Un sous-officier nous a réparti en groupes par ces mots qui me sont restés gravés : les Français d'un côté, les Gaullistes de l'autre. Voilà comment on traitait les Français Libres à l'époque. Nos tickets de rationnement n'étaient pas non plus les mêmes que ceux de tout un chacun ; notre ration était divisée par deux.. Pourquoi ? Parce que justement, nous étions des Français Libres. Cela se passe de commentaires. La paix et le calme sont revenus avec le temps.

De cette époque , Jean ne garde que des bons souvenirs : "ma jeunesse ne fut pas de tout repos, mais j'ai eu l'honneur de me battre pour mon pays et pour la liberté. J'ai vécu des moments extraordinaires, des liens d'amitié tout aussi extraordinaires se sont tissés entre nous. Ceci dit, nous sommes étonnés aujourd'hui de voir que l'on ne nous a pas oublié. Franchement, personne du commando Kieffer n'aurait pensé que l'histoire se souviendrait de nous. Nous avons simplement fait ce que l'on attendait de nous, notre avons fait notre devoir de combattants."
Propos recueillis entre mai 2001 et novembre 2002.

ANNEXES

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Diplôme remis à Jean Couturier pour ses campagnes au sein du n°4 commando
Lettre de reconnaissance écrite à M. Couturier par Alex Lofi
Bataille inscrites : Dieppe, Gravelines, Etretat, Quineville, Ile de Jersey, Ile de Sark, Midlekerke, Schevenigen,, D.day, Ouistreham, Amfreville, Passage de l'Orne, Bavent, Passage de la Dives, L'Epine, Flessingue.
 

 
Décorations de Jean Couturier
 
- Chevalier de la Légion d'Honneur
- Médaille militaire
- Croix de Guerre avec 4 citations 
(dont 2 étoiles vermeil)
- Médaille de la Résistance
- Croix du combattant volontaire
- Engagé volontaire 39-45
- Médaille de la France Libre