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Ce nouveau témoignage revêt une signification particulière, puisqu'il a été rédigé en forme d'hommage d'un fils à son père. Michel Frève nous invite au travers de ce récit à suivre son père du comté de l'Islet jusqu'en Normandie ou ce Lance Corporal des Fusiliers Mont Royal connaitra l'épreuve du feu au cours de l'une des plus éprouvantes Batailles pour Caen. Pleins feux également sur un régiment Canadien francophone méconnu, mais au courage toujours exemplaire, à l'image de nos "cousins" Canadiens en 1944. Afin de restituer l'authenticité de ce récit, nous avons laissé telles quelles les expressions Québécoises qui donnent aux mots cette saveur si particulière.

 

"En 1940, Je demeurais à Tourville (Comté de L'Islet), chez mon frère Philippe, mon travail à cet époque se résumait au métier de «squaler/brushwork ou mesureur de bois» pour la Compagnie Eaton Line Comté de Kamouraska.  Je travaillais au lac de L'EST, pour un dénommé Leclerc comme «foreman» et je recevais un salaire de 37$ semaine (nourri/logé).  Ce lac était immense, la frontière (Canada/USA) traversant le lac, nous étions choyés car nous pouvions nous échanger des denrées entre les deux pays….


LE SOLDAT WILFRID FREVE

Un camp très fonctionnel

Pendant toute la journée, le camp est calme et les dortoirs silencieux.  Dans la cookerie, le bureau du surintendant et la forge tous sont encore fonctionnels.  L’équipe chargée de glacer les chemins avec la tonne d’eau rentre au bercail.  On entend au loin le bruit sourd des haches et des sciottes.  Au coucher du soleil, les bûcherons gelés, fatigués et affamés seront très heureux de rentrer à leur camp, lorsque leur tour sera venu.  Le réveil se fait 6 jours/semaine, vers les 05:30am, par un homme qui tambourine sur une vieille casserole avec une cuillère, en criant : « Lève, lève, lève », c’est à ce moment que les bûcherons savent que leur journée va être dure.  Heureusement qu’il y a un bon cook dans le camp.  Tous attablés en silence, ils avalaient un copieux déjeuner fait de beans, de gruau, de pain, de confitures, de galettes et de gâteaux.  Le dîner lui, était plus frugal et ils doivent alors se contenter de pain, de mélasse et d’un peu de lard chauffés sur un feu de bois.  Un bon « campe » (baraque-dortoir) mesure environ 30’ x 32’.  Il est couvert d’un toit double, isolé avec de la terre et de la mousse, une bille évidée sert de faîtière et le bâti est soigneusement calfeutré avec de la mousse.  On peut y loger 25 bûcherons pendant 2 ou 3 hivers.  Dans la baraque-dortoir du camp forestier, on éteint les lampes à pétrole à 09:00pm, sauf le samedi. 


LE CADRE DE VIE DU JEUNE CANADIEN AVANT L ENTREE EN GUERRE DE SON PAYS

Les hommes s’assoient sur leurs "beds" superposés et certains racontent des histoires, d’autres jouent aux cartes, se rasent ou lavent leurs vêtements avant de les faire sécher près du poêle.  On vient que l’on s’habitue à la forte odeur de sueur et de tabac dont la pièce (car il n’y a qu’une) s’imprègne, mais pas aux poux qui infestent nos couchettes.  Au cours de l’hiver, les hommes qui travaillent dans les chantiers de la Compagnie Eaton Line, suivent les prestations du Canadien de Montréal à la radio.  Pour que tous les intéressés suivent la rencontre, tous les hommes s’agglutinent sur les beds inférieurs de leur lit de fer et écoutent attentivement la diffusion du match.  L’unité de mesure est « la corde ».  Toutes les opérations forestières, de la coupe jusqu’à l’usine, sont évaluées en « cordes de bois ».  Le bûcheron est payé selon le nombre de cordes qu’il a coupées.  C’est au mesureur que revient la tâche de noté tous les renseignements requis, par la suite il se doit de marquer les billes à l’aide d’un marteau et il se doit de soumettre son rapport aux autorités.  Il a son propre bureau au chantier, il est redouté par les bûcherons.  Sa profession est très ancienne, car le bois s’est toujours vendu au volume.  Une « corde de bois » mesure 4’ hauteur x 4’ largeur x 8’ longueur, soit 128’ cubes.

Ma vie à Tourville se résumait à presque rien, soit le travail, quelques sports (hockey, baseball, pêche, chasse, etc...) et quelques sorties (rang Lafontaine, à l'hôtel) avec mon frère pour prendre un coup.  J'ai fréquenté pendant 6 ans une fille, du nom de Noëlla Morneau (qui allait devenir ma femme et mère de mes trois enfants), ma belle-soeur (Françoise) m'a contraint à la laisser pour une autre (Agnès), ce que je fis, car moi, je n'aime pas les chicanes, je suis plutôt le type accommodant.  Je sais que j'ai fait du mal à Noëlla, mais que voulez-vous...  Un jour alors que j'étais en congé, je prenais de la bière avec mes copains (Arthur Labrie, Jeannot Anctil, Ulric Bélanger) à l'hôtel du village, nous nous sommes nargués en nous disant, «on s'enrôles-tu pour l'armée», on signera plus tard pour aller de l'autre côté.  Nous nous retrouvons chacun chez nous, je pensais et repensais à ma vie passée dans le bois, au village, avec mes copains.  Tout ça me perturbait beaucoup et en plus, il y avait ma belle-soeur Françoise et mon frère Philippe, dans le tas avec leur Agnès, car j'aimais toujours ma Noëlla.  Le 26 mai 1942, un certain mardi, je descends avec (Jeannot, Ulric et Arthur), à Montmagny, pour m'enrôler, ce qui fut fait le jour même. A partir de ce jour, je faisais partie de l'Armée Canadienne et j'appartenais au Régiment de Montmagny, un régiment de la réserve et ce comme recrue, avec le numéro de matricule E-68043.  Je fis de l'entraînement (marche, maniement d'armes, etc...).


 Le 10 juillet 1942 (vendredi), je signe mon enrôlement pour les formations et les unités actives de l'Armée Canadienne, donc je signe pour aller en Europe, me battre.  Je suis simple soldat à cet époque.  Ce formulaire fut signé en présence de l'officier recruteur du district M.D. 5 de Québec.  Et par le fait même, j'étais automatiquement dirigé au camp de Valcartier, dans le district militaire de Québec.

Camp de Valcartier
 Tout ce temps que je passe au camp de Valcartier, je m'entraîne, lorsque j'ai des permissions, c'est de les passer avec ma Noëlla à Québec.  Je fais ce train de vie jusque vers le 15 septembre 1942.  Ce sont mes derniers jours parmi les miens. Du 16 septembre au 18 septembre 1942, j'ai eu ma passe d'Adieu, ma dernière permission avant de partir pour l'Angleterre, je l'ai passée à Tourville, chez mon frère et surtout dans la famille a Noëlla.  Lorsque j'ai rendu visite à  Gracia, l'épouse d'Antoine, qui est le frère de Noëlla, elle me dit qu'elle ne me reverrait plus, elle décéda quelques temps après.  Je reçois le grade de Lance-Caporal…  Vers le 20 septembre 1942, je me rapporte au CAMP DEBERT, non loin de Truro en Nouvelle-Écosse.  Je suis redevenu Simple soldat (Private).  Tous les hommes qui doivent traverser en Angleterre, afin de rejoindre l'Armée Canadienne, attendaient là, tout en faisant de l'exercice, toujours de l'exercice.  Tous les hommes attendaient avec impatience, le jour où ils devaient s'embarquer sur les navires transporteur de troupes, pour l'Angleterre.  Le 27 septembre 1942, c'est le jour de mon embarquement, nous sommes rassemblés dans des camions, qui ont reçu la mission de nous conduire à notre port d'embarquement, soit Halifax, au Pier 22.   Le 29 septembre 1942, c'est le grand départ, pour l'Angleterre, je monte à bord du Stirling Castle, un navire de 25,000 tonnes, navire idéal pour les croisières pour la Méditerranée et les Antilles….  Il y a 4 navires transporteurs de troupes (Stirling Castle, Athlone Castle, Pasteur, Awatea)..


DOG TAG DE WILFRID FREVE PORTANT LE MATRICULE E68043

Ce 20/10/1942, j'appartiens à un régiment canadien français, Les Fusillers Mont-Royal, commandés par le lieutenant-colonel Jean-Guy Gauvreau.  Je suis intégré à la Compagnie "C", commandée par le Major Fernand Mousseau, affecté au peloton 13 sous le commandement du Lieutenant Réal Comtois et Hector Proulx comme Sergent de Compagnie.
 
 

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Les Fusiliers Mont-Royal
1-  Composition du "PELOTON" d'infanterie ± 30 hommes:
Officier:   1 Lieutenant
Sous-officier:  1 Sergent
Hommes:     3 Caporaux
2 Lance Caporaux
 23 Hommes

2-  Composition d'une "COMPAGNIE" d'infanterie ± 92 hommes:
Officier:   1 Capitaine ou Major
Sous-officier:  1 Sergent-major de Cie
3 PELOTONS:  ± 30 Hommes/Peloton

3-  Composition du "BATAILLON" d'infanterie Entre 820 et 900 hommes:
Quartier général:
 Commandant, Commandant en second, Adjudant, Renseignements, Médecin, Dentiste, Paie-maître,
Aumônier et le Sergent-major régimentaire

Cie du quartier général:
 Commandant, Quartier-maître, les Transports et les Transmissions

Cie de support:
 Commandant

Peloton no 3   (Mortiers):
 Commandant

Peloton no 4  (Chenillettes/lance-flammes):
Commandant, Commandant en second

Peloton no 5  (Antichars):
 Commandant, Commandant en second

Peloton no 6  (Pionniers):
 Commandant

Compagnies d'infanterie:
 Cie A  =  Pelotons # 07, 08, 09
 Cie B  =  Pelotons # 10, 11, 12
 Cie C  =  Pelotons # 13*, 14, 15
 Cie D  =  Pelotons # 16, 17, 18
 Cie des Éclaireurs
*  Compagnie & peloton de mon père

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NOUS DÉBARQUONS EN FRANCE…
Vers 21H 00 , le bataillon quitte son camp de "Broome Park", une partie se dirigeant avec le Major J.M.P. Sauvé et le Capitaine Gravel vers Londres où les navires attendent les véhicules, l'autre partie se rendant au camp d'Isfield, pour y attendre l'ordre d'embarquement de Newhaven, sous les ordres du Major J.A. Dextraze.  Le 6 juillet ( Jeudi  ), le bataillon appareille de Londres et de Newhaven.  Mon père est quant à lui partie de Newhaven, avec la Compagnie "C". Lors de notre débarquement en terre de France, ce 7 juillet 1944 quelles étaient nos pensées au moment où nous traversions la Manche pour nous rendre à Courseulles-sur-Mer?  

Cette question peut nous paraître étrange, quoique parfaitement humaine.  Nos dispositions prises, nous avons eu le temps de réfléchir, de notre camp de Newpound Common vers nos points d’embarquement (New Heaven ou Londres).  Pour tout vous dire, nous songions à la France, courbé sous le joug allemand.  Nous songions aux femmes, aux mères désespérées, aux enfants à qui les nazis arrachent le pain de la bouche; nous songions aux Français, devenus esclaves; nous songions que le prix de la capitulation est infiniment plus grand que le prix de la victoire.  Nous songions à nos mères, à nos femmes, à nos enfants.  Nous savions que pour certains d’entre nous, ce serait un aller simple seulement.  Mais nous étions convaincus que la cause sacrée que nous défendions vaut bien le sacrifice de notre vie.  Ces pensées vers les nôtres, la conviction que nous allions nous battre pour eux, pour notre pays, pour la liberté, le plus cher de tous les liens, affermissaient notre détermination.  Sous le couvert d’une blague, on pouvait discerner chez quelques-uns une partie de nostalgie… qui devait, quelques jours plus tard, inspirer des hauts faits d’armes.  Nous avons appris que le soldat allemand se bat habilement derrière ses positions défensives, il se rend au premier assaut à l’arme blanche.  Le boche ne tient pas devant une baïonnette canadienne, à armes égales, le Boche nous le battons.
 

Nos officiers parlaient souvent de nous, je pense que nous les rendions fiers, ils disaient par exemple : "Ces soldats que se battent comme des fauves et ont des cœurs d’enfants", ou bien "Ces soldats avaient la tête dure.  Normalement j’en aurais eu peur.  Mais sous le feu de l’ennemi, ils sont et demeurent admirables.  Le fusil à la main, ils foncent dans le tas.  Ils voient tomber leurs amis, mais ils ne s’arrêtent pas.  Du cœur au ventre, ils en ont à revendre."


Debarquement des FUSILIERS MONT ROYAL  à COURSEULLES SUR MER (Calvados) 



Le 7 juillet ( Vendredi )
Vers 8 h 00, les Fusiliers Mont-Royal débarquent à Courseulles-sur-mer, à 12 Kms (7 milles) de la ligne de feu.  Le Major J.P.C. Gauthier rencontre le Major J.A. Dextraze et l'instruit sur la route à suivre jusqu'à Sainte-Croix (Secteur de Concentration).  Le bataillon étant au complet, cette nuit-là, la Luftwaffe vient à son tour accueillir cette nouvelle concentration de troupes, qui lui a été signalée, dans la tête de pont.

Le 8 juillet ( Samedi )
Toute la journée, nous la passons à nous regrouper et on attend l'arrivée de notre commandant, le Lt-Colonel J. Guy Gauvreau, lequel n'arrivera que le lendemain.  Nous nous réinstallons pour notre 2è nuit en France.
 

Le 9 juillet ( Dimanche )
Le Lieutenant-Colonel J. Guy Gauvreau arrive en France et reprend le commandement de l'unité.  Le Major Sauvé redevient Commandant en second et le Major Gauthier reprend la Compagnie "B".  Le Lt-Colonel Gauvreau reprend contact avec son bataillon par des visites à toutes les Compagnies où il s'entretient avec les officiers, les sous-officiers et les soldats.

Le 10 juillet ( Lundi )
Le bataillon est divisé en 3 échelons, à savoir:
{F}: Tous les combattants de première ligne et les éléments de transport .
{A}: Tous les véhicules dont les troupes n'ont pas besoin.
{B}: Les troupes et les véhicules de seconde ligne (quartier-maître et l'administration).

Le bataillon prend ses premières positions près du village de Rots, au sud de la route Caen-Bretteville l'Orgueilleuse.  Durant l'après-midi, le Major Gauthier et le Capitaine Georges Balcer vont reconnaître le secteur, par moments sous le feu des batteries allemandes.
 



Carte de la progression des fusiliers Mont-Royal de IFS vers la Crête de Verrières (fermes Beauvoir et Troteval)



Le 11 juillet ( Mardi )
Le bataillon relève les Queen's Own Rifles, dans la position avancée, que ces derniers viennent de prendre au sud de l'aérodrome de Carpiquet.  Les Compagnies "A" et "B" occupent un front 1 km orienté vers l'est et le sud et dominant la rivière Odon.  Les Compagnies "C" et "D" occupent quant à elles, l'ouest de l'aérodrome.  Le P.C. du bataillon est installé dans les casemates construites par les Allemands, au centre de l'aérodrome.  Dans des casemates du secteur de la Cie "B", on y trouve des centaines de caisses d'eau de Vichy.  On les utilisera pour se laver, se raser et pour boire.  Un sentier reliant la Cie "B" au P.C. du bataillon est constamment battu par le feu des 88 allemands et le moindre mouvement le déclenche.  Derrière des baraques démolies, les Cies "A" et "B" servent de postes d'observation à notre artillerie.

Du 12 juillet (  Mercredi ) au 18 juillet (  Mardi )
Tous les jours, les Majors Georges White et Gauthier y concertent avec le Major Bob Lucy du 6è Régiment d'artillerie de campagne les tâches d'artillerie sur les positions allemandes.  À tous les soirs, les Compagnies avancées observent les lueurs de départ des canons allemands et s'efforcent de les situer avec précision pour assister notre artillerie dans son travail de contrebatterie.  Le bataillon subit ses premières pertes (1 mort et 2 blessés), le 13 juillet.  Durant la soirée du 14 juillet, la Luftwaffe bombarde les positions des Compagnies "A" et "B", mais sans résultat.Une nuit -  je ne me souviens plus du jour exact -  je suis désigné pour un tour de garde, c'était très angoissant, car tout semblait bouger et tout semblait ressembler à des Allemands, je n'étais pas bien dans ma peau.  Mon tour de garde fut très long

Le 19 juillet ( Mercredi )
Vers 17h 00, le bataillon laisse ses positions de Carpiquet, s'arrête près de la Prison de Caen pour le repas du soir.   À 21h 00, le Capitaine G.E. Beaudry (aumônier) dit la messe dans une maison abandonnée; la plupart des hommes de troupes y assistent.  Dans la nuit, le bataillon traverse l'Orne et s'arrête à Fleury-sur-Orne au sud du Faubourg de Vaucelles.

Le 20 juillet ( Jeudi )
Vers 04 h 00 , les Compagnies creusent des positions temporaires au sud de Fleury-sur-Orne.  Le 1er "O group" du bataillon a lieu au même moment, avec les commandants de Compagnies, les commandants d'armes d'appui: artillerie, canons antichars, char d'assaut.


Murs d'enceinte de la ferme de TROTEVAL


TROTEVAL
La 2ème division canadienne, sous les ordres du Major-général Charles Foulkes, participerait à son premier combat en Normandie.  Elle jouerait un rôle important au cours des quelques jours suivants.  Elle participera à la bataille de la Crête de Verrières (Opération ATLANTIC (18-21 juillet 1944)) et est composée de jeunes recrues, sans expérience de la bataille, qui se mesurera à une unité d'élite le 1er Panzer Corps SS, composée de vétérans SS zélés.  Au sud de la ville normande de Caen, s'étend une vaste plaine en direction de Falaise, avec la N158.  Au départ de Caen, le terrain s'élève en pente douce sur une longueur de 15Kms, couvert de magnifiques champs de blé et forme donc un interminable glacis que les Allemands ont garni de mitrailleuses et de canons antichars parfaitement dissimulés.  Un rapport reçu par le commandant du 2ème corps d'armée, le Lieutenant général G. G. Simonds, expédié par le Major général Charles Foulkes, contenait l'information que la 1ère ligne ennemie semblait se ramollir.  Le Lieutenant général Simonds paraissait toujours optimiste au cours de ses entretiens avec le Major général Foulkes, le Brigadier R. A. Wyman (2ème brigade blindée canadienne) et le Brigadier A. B. Matthews (Artillerie du Corps d'armée canadien).
 
 

1-  Planification de l'attaque:
Les premiers objectifs de la 6ème brigade sont:  la crête de Verrières, les villages de Saint-André et May-sur-Orne.  La 6ème brigade d'infanterie, sous les ordres du Brigadier H. A. Young, était composée des régiments suivants:

 1-  Les Fusiliers Mont-Royal:  Lt-colonel  J. Guy Gauvreau
 2-  The South Saskatchewan Regiment:  Lt-colonel  F. A. Clift
 3-  The Queen's Own Cameron Highlanders of Canada:  Lt-colonel N. H. Ross
  *-  The Essex Scottish Regiment:  Lt-colonel T. S. Jones  (4è brigade d'infanterie)


L'idée d'expédier la 6ème brigade d'infanterie, en direction sud et de lui faire traverser le secteur occupé par la 5ème brigade d'infanterie (The Black Watch Regiment, Le régiment de Maisonneuve et The Calgary Highlanders) faisait partie du plan initial de l'opération «ATLANTIC».  On prévoit que la 6ème brigade avancerait avec 2 bataillons en tête et 1 bataillon de réserve.  Mercredi, le 19 juillet, vers 20:00, le Brigadier Young reçu l'ordre de prendre l'Essex Scottish Regiment sous son commandement, puisque le front de la 2ème division avait été élargi.  Donc, modifications du plan de l’attaque, la 6è brigade attaquerait maintenant avec ses 3 bataillons et l'Essex Scottich Regiment, quant à lui, demeurera en réserve.

Vers 14h 30, ce jeudi le 20 juillet, l'ordre de mise en marche fut lancée.  On releva les Compagnies, les rassembla et amenées à travers la ville de Caen (90% détruite), puis de l'autre côté de la rivière Orne, alors qu'il y faisait nuit noir, elles parvinrent à leur lieu de rassemblement à 11h 30.  Elles avait peu dormi, peu mangé le matin et encore moins le midi.  Les fusiliers Mont-Royal ayant marché toute la nuit, se sont retranchés près de la ligne de départ.  Au moment où l'on s'apprêtait à servir leur petit déjeuner vers 7h 15, le chef de la brigade ordonnait un autre mouvement, de sorte que les fusiliers montèrent à l'assaut, le ventre vide puisqu'ils n'avaient pas mangé depuis 14 h00, le 19 juillet.  L'attaque de la 6ème brigade était soutenue par The Sherbrooke Fusiliers, alors que 2 escadrons de tank Sherman devaient soutenir et procéder à d'éventuelles contre-attaques, aux côtés des Queen's Own Cameron Highlanders of Canada sur la droite et des Fusiliers Mont-Royal sur la gauche.  Le 3ème escadron demeurerait en réserve derrière l'infanterie, prêt à s'élancer.  Chacun des 4 bataillons bénéficiait de l'appui direct d'une troupe de canonniers du 2ème régiment antichar canadien, tandis que 2 batteries antichars demeurerait en réserve.  Le déclenchement de l'attaque étant prévue pour 12 h 00, on commencerait par un barrage roulant d'artillerie.  

Le Queen's Own Cameron Highlanders of Canada progresserait derrière le barrage, sur la droite, vers son objectif de Saint-André sur Orne, avec un escadron réduit du Sherbrooke Fusiliers.  Le South Saskatchewan Regiment, au centre, s'élancerait plein sud dans le but de prendre la crête de Verrières.  Les Fusiliers Mont-Royal, quant à eux, sur la gauche, de leur ligne de départ se trouvant aux abord du village d'Ifs, devraient parcourir environ 3 Km, afin d'atteindre leur objectif, le petit village de Verrières.  Deux fermes (TROTEVAL & BEAUVOIR) séparées de ± 600 mètres entre elles, se trouvant à mi-chemin devaient être nettoyer dès les premières étapes de l'opération.  Les 2 fermes étant occupées par les forces Allemandes.  Ces 2 fermes offraient un excellent poste d'observation sur les mouvements individuels ou d'ensemble.  L'Essex Scottich Regiment avancerait derrière le South Saskatchewan Regiment, et qu'il traverserait finalement, afin d'occuper la hauteur située entre Saint-André sur Orne et Verrières.  L'attaque serait soutenue par les mitrailleuses moyennes et les mortiers lourds du Toronto Scottish Regiment (M.G.).  Les 4 bataillons furent informés que l'attaque prévue pour 12:00 est reportée jusqu'à 15:00.  Deux raisons semblent avoir motivé le report de l'attaque:
*  Ce 20 juillet, des nuages noirs, à basse altitude, interdisaient toute opération aérienne au cours de l'avant-midi, alors que l'attaque nécessitait un tel appui.

*  La 7ème division blindée britannique (4th County of London Yeomanry) avait lancée un coup de sonde en direction de Bourguébus, s'en était emparé, et expédia quelques chars, lesquels contournèrent sans difficulté la ferme «Beauvoir», mais constatèrent que le village de Verrières était trop bien défendu.  Donc, il fallait les rabattre, le plus en sécurité possible, à l'est de la route de Falaise-Caen (N158), car la division se trouvait en plein dans le secteur que l'artillerie canadienne allait pilonnée. Avec ce délai, on permit à l'ennemi de poursuivre le renforcement du front que les Canadiens s'apprêtaient à attaquer.  Le plan de Montgomery consistant à attirer et à retenir les blindés allemands sur le front est, tandis que les Américains opéraient leur percée à l'ouest, tenait toujours.  Profitant de toutes les possibilités de dissimulation et de camouflage qui s'offraient à eux tant en fonction des forces aériennes que de l'armée, et jouissant aussi d'un avantage découlant du fait que les Canadiens devraient attaquer en rase campagne en s'exposant à leur vue, les vétérans allemands attendaient.

2-  Déroulement de l'attaque (20 juillet -  21 juillet)

1°  Descriptifs et missions des unités participantes

Flanc droit:
The Queen's Own Cameron Highlanders of Canada,  étant réunis à leur lieu de rassemblement, ce jeudi matin du 20 juillet.  Ce lieu était situé à quelques centaines de mètres derrière le sommet de la colline 67, (élévation au nord-ouest de la crête de Verrières) s'étendait sur leur gauche.  Il est le seul bataillon à attaquer sur une pente descendante.  Son objectif étant le village de St-André-sur-Orne et les vergers avoisinants, se trouvait au bas de cette pente.
 



LES FUSILIERS MONT ROYAL MONTENT A L'ASSAUT

Centre:
The South Saskatchewan Regiment, les compagnies déployées en T occupaient leur ligne de départ à quelques centaines de mètres au sud-ouest du village d'Ifs.  Sa mission était de progresser d'environ 3 kilomètres à travers les champs de blé et d'avoine en pente ascendante et d'atteindre la crête de Verrières.  Devait consolider sa position sous l'observation ennemie, car le terrain au-delà de la crête s'abaissait en une vallée peu profonde et remontait plus loin en une autre crête plus élevée occupée par l'ennemie.

*The Essex Scottish Regiment   (4ème brigade d'infanterie), servant de réserve à l'arrière du South Saskatchewan Regiment, il était déployé en formation rectangulaire.  Les Cies de tête, A à gauche et B à droite, la Cie D sur la gauche au croisement du chemin de terre reliant St-André-sur-Orne à la ferme Beauvoir et la Cie C sur la droite.

Flanc gauche:
Les Fusiliers Mont-Royal, les Cies «B» et «C» occupaient leur ligne de départ à quelques centaines de mètres au sud du village d'Ifs.  Ils avaient pour objectif Verrières (village situé à environ 3 kilomètres de leur ligne de départ).  A peu près à mi-chemin, en bordure de la route reliant Hubert-Folie et St-André-sur-Orne, se trouvaient leurs objectifs intermédiaires, les fermes Beauvoir et Troteval.  Situées à ± 600 mètres l'une de l'autre.  La Cie «D» et celle des éclaireurs ont pour mission de suivre la Cie «B» et lorsque celle-ci aura atteint et occupera la ferme Beauvoir, sautera en avant et iront vers l’objectif de Verrières.
 

2°  Les Fusiliers Mont-Royal attaquent
Au préalable, lors d’une reconnaissance, les 2 fermes ayant été dépassées par le 4th County of London Yeomanry, un régiment de chars britanniques, plus tôt en avant midi, il est possible de croire que les Fusiliers Mont-Royal ont cru qu'ils ne devaient pas s'attendre à une résistance particulièrement vive de la part des Allemands.  Il est possible qu'à cause de cette incursion antérieure de blindés, l'escadron de chars des Fusiliers de Sherbrooke ait décidé d'accompagner l'infanterie au cours de son attaque plutôt que de la soutenir depuis l'arrière avec ses canons.  Les effectifs réduits de l'escadron C ne comptaient plus que 2 troupes, soient 5 chars.

Jeudi, le 20 juillet 1944:
Le ventre vide, incommodés par le soleil brûlant du midi, avant de disparaître sous une couverture de nuages orageux en fin d'après-midi, les Fusiliers Mont-Royal attendent avec une impatience croissante l'heure H, reportée à 15:00.  Le tir de barrage fut enfin déclenché et les Cies B et C se levèrent et quittèrent le champ de blé en tête du bataillon.  La première partie de l'avance des Fusiliers Mont-Royal se déroula sans problèmes.
 

Les FMR montent vers leurs objectifs
Ils firent leurs premiers prisonniers (25 au total) à ±300 mètres à peine de leur ligne de départ.  C'est un avion de reconnaissance alliée qui les a repérés.  Subjugués par le tir de barrage et peu combatifs, les prisonniers furent expédiés à l'arrière,  il s'agissait de soldats de la 272è Division d'infanterie.

Lorsqu'ils parvinrent à proximité de leur objectif intermédiaire (les 2 fermes), les Canadiens commencèrent à rencontrer des éléments SS dispersés.  Marchant au rythme de leur barrage et progressant sur la pente douce, malgré les tirs (Artillerie, StuG, Panzer, Mortier) qui pleuvaient autour d'eux.  Le major Mousseau , commandant de la Cie C, lançait à ses hommes «Continuez d’avancer, les balles qui sifflent ne sont plus dangereuses».  Les Fusiliers Mont-Royal vinrent à bout d'une résistance clairsemée.

Les murs de pierre et les bâtiments de la ferme Troteval, leur apparurent soudain à travers la fumée.  Des fantassins allemands occupaient la ferme et les environs, car ils profitaient de tous les avantages que leur offraient les murs épais des bâtiments, les peupliers (cachettes préférées des snipers), les fossés qui longeaient le chemin reliant les 2 exploitations.  Les Cies de têtes entreprennent de les déloger du secteur, pendant que la Cie des éclaireurs du bataillon poursuivent leur avance, en direction de Verrières.  En s’emparant de la ferme Troteval, la Cie C du major Fernand Mousseau capture 25 Allemands et un capitaine SS.  Il était environ 17:00, la pluie fine qu'elle était, devient torrentielle.
 



SECTION DES FUSILIERS MONT ROYAL PROGRESSANT DANS LA REGION DE CAEN, ACCOMPAGNES D'UNE CHENILLETTE BREN CARRIER

Les Fusiliers Mont-Royal sont pris à partie, et durement, par les Allemands alors qu’ils commencent à émerger des 2 fermes et de l’espace qui les séparent.  Les chars allemands (Panzer IV) débouchant dans la brèche ouverte entre The South Saskatchewan Regiment et  Les Fusiliers Mont-Royal, se déplacent librement et font de plus en plus de victimes.  Au cours des prochaines 36 heures, les Fusiliers seront soumis à rude épreuve et surtout ne seront pas pris en défaut.

Les chars, pendant ce temps, 3 Shermans des Fusiliers de Sherbrooke foncent vers le Sud, au delà du chemin reliant les 2 fermes dans le but de prêter main-forte à l’infanterie.  Un premier Sherman est atteint à la tourelle par un coup de 75mm.  En moins de deux, un second char est touché et l’équipage est tué.  Le 3ème char quant à lui se retire.  D’autres chars canadiens manoeuvrent eux aussi aux alentours des 2 fermes sont touchées par des Panzer IV, et ce avant que la tombée du jour ne les force à se retirer.

Alors que les chars se livrent à leurs escarmouches, l’infanterie quant à elle passe de mauvais moment.   Très en avance sur les autres Cies, au cours de sa progression vers Verrières, la Cie d’éclaireurs du bataillon est surpris alors qu’elle est à découvert et à ce moment est totalement taillée en pièce.  Quant à la Cie «B», qui occupe la tête, ne progresse que de quelques centaines de mètres, au delà du chemin se trouve prise sous le feu des obusiers et des mortiers ennemis.  Donc, toute la progression est arrêtée.

Les Cies «B, C, et les éclaireurs», durement touchées dans les champs situés au-delà des 2 fermes, tiennent bon et elles souhaitent toutefois consolidées leurs positions au voisinage des fermes, plutôt que de tenter d’atteindre Verrières.  Le Lt-Colonel J.-G. Gauvreau invoque la nécessité d’avoir des armes antichars supplémentaires et par le fait même, son régiment pourrait tenir le coup avec ces armes en attendant le renforcement.

Vers la fin de la soirée, des éléments d'infanterie commencèrent à appuyer les chars allemands qui assurent la maîtrise du terrain séparant les 2 fermes.  Le combat se poursuivit au cours de la nuit tant à l'intérieur des fermes qu'à proximité.  Les émetteurs furent fréquemment mis hors d'état et les communications avec l'état-major de la brigade ont été rompues à la tombée de la nuit. Toute la nuit, il pleut de façon sporadique.  L'eau s'infiltre dans les tranchées, les champs se transforment en boue et il devient difficile de conserver les armes en état de fonctionner, les Canadiens ont les pieds dans 50 cm de boue et toutes leurs armes sont encrassées.  Les Allemands ne tardent pas à déclencher les contre-attaques prévues.

Vendredi, le 21 juillet 1944:
Les contre-attaques Allemandes furent amorcées tôt le matin et se portèrent contre The Queen's Own Cameron Highlanders of Canada à droite, The Essex Scottish Regiment au centre et Les Fusiliers Mont-Royal qui se cramponnent avec acharnement aux 2 fermes, sur le flanc gauche.

À la ferme Troteval, les Fusiliers Mont-Royal combattent vaillamment dans les bâtiments de la ferme, ceinturés d’un mur de pierre, et tout autour dans les champs de blé.  Les compagnies de tête avaient été isolées par des attaques ennemies répétées, tandis que les compagnies et les pelotons poursuivent le combat chacun de son côté.  Les Allemands devaient payer très cher, chaque mètre qu’ils gagnaient.  Au début, la situation des Fusiliers Mont-Royal sembla grave lorsque les chars et, surtout, les fantassins allemands tentèrent de les déloger des alentours des bâtiments de ferme et des champs de blé.  Les demandes faites, à l'artillerie Canadienne, par le Major Mousseau, de tirer sur ses propres postes avancés et quelquefois, à l'intérieur de ses positions, a permis aux Fusiliers Mont-Royal de repousser de nombreuses attaques tout au long de la journée.  Le 1er  Hussars (6ème régiment blindé) a aussi contribué à repousser certaines attaques allemandes.

Les Allemands prenaient tous les moyens pour vaincre Les Fusiliers Mont-Royal, : «L'ennemi usa de divers stratagèmes...  qui s’ajoutèrent à la confusion.  Un groupe d'Allemands, avançait les mains levées sur la tête ou en brandissant un drapeau blanc.  Parvenus à quelques centaines de mètres de nos positions, ils plongeaient dans des tranchées toutes prêtes, pendant qu'à l'arrière, leurs mitrailleuses ouvraient le feu sur nos fantassins qui se portaient à leur rencontre pour les ramener comme prisonniers»

Alors même que tous leurs hommes étaient morts ou blessés, le lieutenant Réal Comtois et le major Fernand Mousseau, continuèrent tous les deux à se battre avec les mitrailleuses Bren et les PIAT restant fonctionnels.  Lorsque la compagnie "C" fut débordée, les Allemands ne capturent que 17 Fusiliers, dont 5 Fusiliers seulement étaient sortis indemnes de ce carnage.  Aucun renfort n’ayant pu leur parvenir, la compagnie "C" combattit avec acharnement jusqu’à épuisement de ses munitions.

Pour ces soldats inexpérimentés, pris dans une fissure dangereuse et en butte à des attaques incessantes de l’infanterie, de chars, de stug et des tirs de 88mm situé sur les collines environnantes, les Fusiliers Mont-Royal firent preuve de beaucoup de bravoure et de détermination.  Au cours de ces 2 journées, en dépit de leurs pertes et du martèlement constant que lui fait subir l’ennemi, ils résistèrent aux abords de la ferme.
 


Liste manuscrite du peloton 13, rédigée par le Lieutenant Réal Comtois, suite à la bataille à Troteval…

3°  Mon père se raconte...
En quittant le village de Ifs, nous sommes non loin d’une vache morte et très enflée par la chaleur, il y avait là, toute une puanteur.  Nous montons vers notre objectif «la ferme Troteval», qui se trouve à près d’un mille et demi de notre point de départ.   En progressant, et à quelques centaines de verges, nous faisons quelques prisonniers Allemands ( 25 je crois).

Arrivée aux abords de la ferme  (Troteval), nous prenons place après avoir fait encore quelques prisonniers.  Quelques escarmouches avec les Allemands.  Par la suite, après avoir fouillé et pris possession de ladite ferme, nous creusons nos trous et je place ma «Bren» en position.  Nous y découvrons des pots de confitures que nous mangeons, car nous avons très faim.

À la première contre-attaque, nous résistons et l’ennemi est repoussé, nous avons quelques pertes.  La pluie fine se change en torrentielle.  J’ai de l’eau jusqu’aux chevilles dans mon trou, je suis trempé jusqu’aux os.

J’ai autour de moi et de ma Cie, une pluie de plusieurs coups de mortiers et de cannons allemands et par la suite, plusieurs autres attaques de l’infanterie et par le fait même, ça commence à être très dur pour nous, car nous subissons plusieurs pertes, les chars Panzer IV Allemands supportant leur infanterie,  ils tentent de faire une brèche à travers nos lignes.  Ces lignes qui semblent très ébranlées.  Nous perdons toute communication avec le PC du bataillon.  Quelques estafettes se faufilent (autant des pelotons, autant du PC de la Cie et du PC du bataillon et vice-versa) éprouvant quelques pertes, réussissent à nous tenir au courant des développements et des actions que l’on doit entreprendre.  Il y a même un véhicule «BREN CARRIER» du groupe support qui est venue nous porter, dans la nuit et sous le feu ennemie, des munitions, des victuailles et des nouvelles du PC du bataillon.

À l’avant dernière contre-attaque allemande, des chars Panzer IV, des StuG’s et quelques éléments de l’infanterie déferlent sur nous.  Le Major Fernand Mousseau a alors demandé un tir de barrage sur nos propres positions de têtes.  Effectivement, nous avons réussi à les repousser et ce malgré de très lourdes pertes.  C’est là que nous avons eu le plus de touchés, je crois.  Pendant cette contre-attaque et le tir de notre artillerie, j’étais enfoui dans mon trou et j’attendais le sifflement des balles, des obus et les explosions tout autour de moi.  Les cris des chenilles des chars me stressent et tout est amplifié. À un certain moment, un gars juste à côté, dans un autre trou, me crie: qui sifflent non loin.  .""Hey,Frève, regarde s’ils s’en viennent !.. Je lui réponds tout de suite : ..Fais-le toi-même !.. J’entends des crépitements, des balles ... C’est mon gars à côté qui s’est fait tiré dessus et malheureusement, il a tout reçu à la tête

À la dernière attaque, les Allemands nous ont isolés par petits groupes, et de plus en plus ça sent mauvais pour nous.  Je décide donc, avec une prière, l’implorant de demeurer en vie, de tirer ma «BREN» sur le côté et je me mets les mains sur mon casque, en signe de reddition.  J’espère que les Allemands comprennent que j’en ai assez et que je suis leur prisonnier de guerre.  Toujours ébranlé, j’entends des cris, des détonations et tout à coup des Allemands autour de moi.  J’entends des  "Raus !!! " ....

Eh bien oui, je suis prisonnier de guerre et maintenant je me dois de leur révéler que mon grade et numéro de matricule, soit Caporal et mon numéro de matricule"

C'est ainsi que la Bataille de Normandie se termine pour le lance Corporal Wilfrid Frève, soldat des Fusiliers Mont Royal, unité méconnue dont les hommes se sont battus comme des Lions. Après guerre, Wilfrid rejoindra le Canada, où il coulera des jours paisibles, bien loin de l'enfer de Carpiquet.

Propos recueillis en 2005