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DEPUIS LE 19 AOUT 1944, PARIS S'INSURGE. LA REVOLTE GRONDE ET VA CRESCENDO A L'APPROCHE DES ARMEES ALLIEES. SOUS- ARMES, SOUS-EQUIPES, LES PARISIENS NE PEUVENT TENIR SEULS FACE AUX TROUPES COMMANDEES PAR LE GENERAL VON CHOLDITZ. SI UNE UNITE CONSTITUEE NE FAIT PAS MOUVEMENT TRES RAPIDEMENT SUR LA CAPITALE, UN BAIN DE SANG RISQUE FORT DE SANCTIONNER LA REVOLTE. POUR DE GAULLE, LA SITUATION EST LIMPIDE : PARIS DOIT ETRE SECOURU DE TOUTE URGENCE ET DE SURCROIT PAR UNE DIVISION FRANCAISE : LA DEUXIEME DB. 

Pochette de photos éditée en 1944, contenant 20 clichés de la Libération  de Paris. Photo-Presse Libération.Coll S.Delogu

 
LE FEU AUX POUDRES

L'insurrection, murie depuis de longs mois déjà, débute véritablement après une ultime réunion du Comité Français de Libération Nationale (Présidé par Alexandre Parodi ) et du Conseil National de la Resistance de Georges Bidault. Le 18 août 1944, des centaines d'affiches proclamant la mobilisation générale et signé du colonel Rol-Tanguy (chef des FFI pour Paris) appelent le peuple Parisien à la révolte. Dès le 19 aout, l'insurrection se poursuit par la grève générale de la Police Parisienne, qui occupe la préfecture. Dirigé militairement par le colonel Rol-Tanguy, chef des Forces Françaises de l'Intérieur pour Paris, le soulèvement se poursuit par l'occupation des mairies d'arrondissement et des commissariats. Les premiers drapeaux tricolores sont hissés depuis 4 ans d'occupation.  Toutes les unités FFI entrent en action, harcelant sans cesse les convois Allemands. En parrallèle, le général Von Choltitz, commandant du Gross Paris, vient de recevoir l'ordre de transformer la capitale Française en champ de ruines. Le consul général de Suède, Raoul Nordling, use de toute son influence auprès de l'officier Allemand pour éviter carnage et destructions. La Division Leclerc est à plus de 200 kilomètres, au sud. Le temps est compté et la Libération de Paris ne figure pas dans les objectifs immédiats du Shaef.


PARIS EN COLERE.LES BARRICADES SE SONT DRESSEES. DERRIERE LES PAVES, LES INSURGES ATTENDENT L'ENNEMI AVEC UN ARMEMENT REDUIT. 

SITUATION GENERALE

Arrivé le 9  aout 1944 du front de Normandie ou il commandait le 34ème corps d'Armée, le général Diétrich Von Choltitz dispose d'environ 20.000 hommes au moral plus ou moins affuté, 80 chars dont un vingtaine de Panther et Tiger,  6 pièces d'artillerie, 23 canons de 150 et 105 mm, 35 pièces de 75 et 88 mm ainsi que quelques unités de Waffen SS. L'Armée Allemande a perdu de sa superbe en ce mois d'oût 1944, le moral est faible dans la majorité des unités. Pourtant les forces militaires ennemies dans et autour de Paris ont largement de quoi écraser l'insurrection. Depuis son arrivée dans la capitale le commandeur du Gross Paris a recu à neuf reprises l'ordre de détruire Paris. Pourtant, il hésite a éxécuter l'ordre du Fürher, dont il est persuadé qu'il a perdu la raison. A la fois militaire et amateur d'art, Choltitz peine à se resoudre a de telles destructions, qu'il pense désormais inutiles - la liberation de la France restant la plus probable des hypothèses - et entrainerait un soulèvement total des Parisiens, transformant la capitale en nouveau Stalingrad et où ses troupes subiraient des pertes très importantes. De son côté, Eisenhower n'est pas favorable à une libération immédiate de la capitale Française, ce pour plusieurs raisons : tout d'abord, les combats seraient extrêmement durs et couteux en vies humaines, puisqu'il y faudrait reprendre Paris quartier par quartier. La marche vers l'Allemagne et un fin rapide de la guerre restent la préoccupation majeure des alliés. Ainsi, un mouvement vers la cité des lumières ralentirait de manière très sensible l'avancée des troupes. Par ailleurs, il faudrait subvenir aux besoins des Parisiens, ce qui réprésente glabalement les subsistances de huit divisions d'infanterie. Pour toutes ces raisons, la libération de Paris n'est pas l'objectif immédiat du SHAEF, qui subit en revanche la pression exercée par le chef de la France Libre, le Général de Gaulle. Pour celui-ci, la libération de Paris est au contraire absolument prioritaire, ce par une unité Française. L'ombre de l'AMGOT (organisme Américain chargé de régler et organiser les affaires Françaises après l'armistice ) planant sur la France, Charles de Gaulle est intimmement convaincu que le seul moyen d'éviter une hégémonie Américaine est d'entrer dans Paris en qualité de chef de la France Libre, entouré de l'adhésion des Français. Pour le futur chef de l'Etat, c'est à cet instant que se dessine la France de demain. Il ne peut adhérer à l'opinion d'Eisenhower, qui est aussi celle de Roosevelt.
 


Medailles et insignes de la Libération de Paris.
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Partageant le souhait du Général de Gaulle, mais pour des raisons essentiellement patriotiques et symboliques, Leclerc demande dès le 15 août 1944 au Général Patton (la Division Leclerc est alors rattachée à la 3ème Armée) l'autorisation de marcher sur Paris. Si Patton et Bradley, présent aussi à cette entrevue acquièscent, aucun ordre formel n'est donné à l'officier Français. Combattant dans la région d'Argentan, la division Leclerc est relevée le 19 aout 1944 par une unité Anglaise, alors que la 7ème Armée Allemande vit ses pires heures. Sans mission jusqu'au 20 août, Leclerc ronge son frein alors que son unité vient de passer sous le commandement du général US Gerow . Puisque ses supérieurs alliés ne lui ont toujours pas donné le signal de départ pour Paris, ne pouvant d'autre part prendre une telle initiative, il décide d'envoyer vers Paris un détachement piloté par le commandant de Guillebon. Cet élément avancé, se composant de 10 chars légers, 10 automitrailleurs et 150 fantassins motorisés, se porte en direction de la capitale pour une mission de reconnaissance. Si de Gaulle, informé de la décision de Leclerc, lui donne raison, le général Gerow accueille cet écart d'une manière tranchante : le général Français a enfreint les consignes d'attente. 

Ordre lui est donné de rappeler immédiatement l'élément avancé. Leclerc décide, sans même avoir ouvert l'ordre écrit que lui présente le commandant Repiton, de se rendre à la rencontre du général Bradley, seul à pouvoir autoriser la marche de la 2ème DB sur Paris. Le 22 aout1944, vers 10h30, Leclerc prend place à bord de son Piper et s'envole pour Laval. Bradley est malheureusement absent, mais la présence inattendue du commandant FFI Gallois (chef d'état major de Rol Tanguy), le renseigne sur la gravité de la situation à Paris. Les parisiens tiennent en faisant preuve d'un courage exceptionnel, mais les pertes sont élevées et les armes manquent. Paris va tomber si une unité alliée ne se porte pas immédiatemment à son secours. Gallois lui précise qu'il a eu le temps de se présenter à Bradley avant que celui-ci ne se rende vers Eisenhower, au Mans. Si le SHAEF n'est pas favorable à investir Paris, la situation a changé depuis le 20 aout 1944 (par ailleurs date d'arrivée de de Gaulle à Cherbourg). On peut supposer que les interventions du chef de la France Libre et son adjoint Anglais le général Redman on fait flechir les Américains, qui n'excluent plus totalement de liberér Paris avant le mois de septembre 1944. Pour L'heure, Leclerc et Gallois arpentent l'aérodrome de Laval. Le général est tendu, silencieux, les heures passent. La raison de cette tension est simple : il n'a pas déféré aux ordres de Gerow et la colonne de Guillebon continue de s'enfoncer, seule et isolée, vers Paris, alors que 200 kms restent à parcourir au reste de la Division pour atteindre la capitale. A 19h15, Bradley atterit enfin. "Leclerc, justement !..." lance t-il... "C'est d'accord, foncez sur Paris"...
 





Emplacement des barricades dans Paris 
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APPEL AUX BARRICADES (22 AOUT 1944)

ORDRE POUR LA DEFENSE DE LA POPULATION PARISIENNE

LES FFI ET LA POPULATION ONT ENGAGE LA BATAILLE POUR PARIS. CHAQUE FOIS QUE NOS SOLDATS ONT RESPECTE LA TACTIQUE MOBILE, ILS ONT ECRASE L'ADVERSAIRE. CEPENDANT UN DANGER SUBSISTE : LES MOUVEMENT RAPIDES DES CHARS ENNEMIS.


CE DANGER EST FACILE A CONJURER
IL SUFFIT D'EMPECHER LES BOCHES DE ROULER

POUR CELA, IL FAUT QUE TOUTE LA POPULATION PARISIENNE, HOMMES, FEMMES, ENFANTS, CONSTRUIRE DES BARRICADES, QUE TOUS ABBATENT DES ARBRES SUR LES AVENUES, BOULEVARDS ET GRANDES RUES. QUE TOUTES LES PETITES RUES SOIT PARTICULIEREMENT OBSTRUEES PAR DES BARRICADES EN CHICANE. ORGANISEZ VOUS PAR MAISON ET PAR RUE POUR GARANTIR VOTRE DEFENSE CONTRE TOUTE ATTAQUE ENNEMIE.

DANS CES CONDITIONS, LE BOCHE SERA ISOLE ET CERNE DANS QUELQUES CENTRES. IL NE POURRA PLUS EXERCER DE REPRESAILLES.


TOUS AUX BARRICADES !

LE COLONEL COMMANDANT DU GRAND PARIS
ROL


 

Progression de la Division Leclerc vers paris lors de la journée du 24 aout 1944. 

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En Region Parisienne, passage d'un half-track M3 de la 2ème DB

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Sherman M4A3 dans Paris, le 25 août 1944. On distinguera au premier plan, une chicane destinée à ralentir les véhicules.

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ORDRE D’OPERATIONS POUR LA JOURNEE DU 24 AOUT 1944

I - Mission
1- 1°) s’emparer de Paris
2- 2°) Tenir Paris en occupant les routes entre Ivry sur Seine et Neuilly sur Marne
- en poussant des éléments dans la région nord est de Paris
- en maintenant un élément réservé sur Paris

II- Renseignements
L’ennemi dispose d’un certain nombre de points d’appui sans liaison les uns avec les autres. Ces points d’appui sont plus denses dans la région sud-ouest de Paris

III- Dispositif
Mission principale
Groupement tactique « V » 
a) pousser sur l’axe Arpajon-Sceaux, Paris où se fera l’effort principal en utilisant les petites routes et évitant les grands axes
b) Pénétrer dans Paris en direction du Panthéon, puis franchir la Seine et sortir par la Région Vincennes, Charenton et tenir les ponts de la Marne entre Ivry sur Seine (inclus)  et Neuilly sur Marne (inclus)
c) S’éclairer ensuite à distance utile
PC en fin de mission : Porte de Vincennes

Mission secondaire de diversion
Groupement tactique « L »
a) Pousser sur l’axe Dampierre, Chevreuse, Chateaufort, Toussus le Noble, Les Loges, Jouy en Josas, Villacoublay, Bois de Meudon, Pont de Sèvres.
b) Tenir Sèvres et pousser deux sous-groupement sur Versailles et en direction de Paris
c) En fin d’opérations et après relève par éléments resevés à Versailles, pousser l’ensemble de son groupement au centre de Paris (Place de la Concorde) en réserve mobile
PC : initialement, Pont de Sèvres ; ultérieurement Hôtel Crillon à Paris

Groupement tactique « D »
a) Mettre le 3ème R.A.C à disposition du G.T.V, prêt :
Soit à appuyer ce groupement de tous ses moyens
Soit à appuyer le GTL en poussant un sous-groupement en direction du pont de Sèvres
b) Nettoyer le centre de Paris
c) En cas de réussite immédiate des différentes opérations des groupement tactiques « V » et « L », pousser des éléments vers Pantin, au nord de Paris.
PC : Mairie de Pantin

Eléments Morel-Deville : se maintenir à leurs emplacement actuels et faire le maximum de volume pour simuler une attaque directe en direction de Saint Cyr. En fin de journée, en réserve aux ordres du colonel Rémy.

F.T.A : les batteries suivront  initialement la progression des groupements auxquelles elles sont affectées, prêtes à s’organiser en D.C.A au centre de Paris, dès la chute de Paris

Génie : les éléments réservés du Génie, sous les ordres du chef de Bataillon, commandant le Génie divisionnaire, resteront initialement à Rambouillet et se tiendront prêts à déminer l’axe Rambouillet, Versailles, Paris en fin de journée, sur nouvel ordre.

Groupement Rémy et éléments réservés : sous les ordres du colonel Rémy, pousseront sur Versailles dès sa libération et déminage des axes, prêts à recevoir toute mission de contre-attaque. Pousseront ultérieurement sur Paris (Longchamp)

IV – Différents PC
- PC avancé : derrière GTV puis hôtel Crillon, Paris
- PC principal : Rambouillet, Versailles (Lycée hoche), Longchamp.
- Base : Rambouillet

V – Circulation
- un D.C.R à disposition du GTV
- un D.C.R à disposition du GTL
En fin d’opération, deux D.C.R à disposition du Général, Place de la Concorde

VI – Air Support
- Détachement principal avec GTV
- Détachement secondaire avec GTL

VII – Heure du début des opérations : 7 heures

PC Rambouillet, 23 août 1944, 18 heures
Signé : le Général Leclerc, commandant la 2e D.B

RAOUL NORDLING (1882-1962)

Diplomate, consul général de Suède. Par ses nombreuses interventions auprès des autorités Allemandes, cet humaniste a évité de nombreuses éxécutions de resistants. En usant de tout son poids auprès de Von Choltitz, a pu éviter la destruction de Paris. Il a en a été fait citoyen d'honneur en 1958 



GENERAL DIETRICH VON CHOLTITZ (1894-1966)

Il débute sa carrière durant la première guerre mondiale. En 1939, il participe à l'invasion de la Pologne, puis à la campagne de France. Il est ensuite affecté sur le front de l'est et prend part à la prise de Sebastopol. Il commande ensuite une division blindée en Russie en 1943-44, avant d'être nommé à la tête du 34e corps d'Armée en Normandie ou Il ne parviendra pas à enrayer l'avancée alliée. Nommé commandant du Gross Paris en aout 1944. Sa désobéissance aux ordres d'Hitler a largement contribué à sauver Paris d'une destruction massive.

La division Française reçoit pour mission de s'emparer de Paris dès le 24 août si possible, de s'emparer des ponts de la Seine, en premier lieu de ceux de Gennevilliers. en cas de resistance sérieuse, elle devra se mettre en position défensive. Au cours de ces opérations, elle sera appuyée par la 4ème Division d'Infanterie US du Général Barton, qui progressera à sa droite vers Joinville et Vincennes. De retour à son quartier général, tard dans la nuit, Leclerc donne l'ordre de mouvementà son chef du 3ème bureau, le capitaine Gribius. Dans les rangs des "Leclerc", la joie est indescriptible : beaucoup d'entre eux, compagnons de la première heure, n'ont pas revu la capitale depuis 1940. Ils ont combattu en Afrique du Nord, avec une foi inébranlable. Maintenant, c'est à eux que va revenir l'honneur de libérer la ville-phare de leur pays. La force de ces sentiments sont difficiles à expliquer aujourd'hui : il faut se souvenir du serment de Koufra, quelques années plus tôt, en plein désert et devant une poignée d'hommes pour comprendre l'ampleur de ce Leclerc à construit avec "sa" division et des soldats prêts à le suivre en enfer. Voilà, en ce mois d'oût 1944, la véritable force des hommes de Leclerc : leur cohésion malgré un vécu et des origines très diverses. 

Dès 6h30, le 23 aout, les colonnes s'articulent en deux axes : les groupement Langlade et Dio par Sées, Mortagne, Longny, Chateauneuf, Maintenon, Rambouillet, Saint-Cyr alors que le groupement Billotte empruntera Carrouges, Alençon, Mamers, Nogent le Rotrou, Chartres, Ablis, Orsay, Saclay, Bièvres, Villacoublay. Mise sur une seule colonnne, la deuxième DB est un gigantesque serpent s'étirant sur près de 500 kilomètres. Faire parcourir à un tel ensemble un trajet de plus de 200 kms tient de l'impossible. Pourtant, c'est ce que "les Gars de Leclerc" vont réaliser. Le général est à 13 heures à Rambouillet ou il établit son PC.Après avoir passé la journée du 23 a faire route vers Paris, la division s’immobilise dans et autour de Rambouillet pour démarrer son action dès 7heures le 24 août en deux groupements (Warabiot et de Langlade) sans liaision l’un avec l’autre, qui devront percer les lignes de défenses Allemandes sans chercher à les réduire en dehors de leur axe : Leclerc a tout misé sur la rapidité. Les premiers heurts surviennent dès le début de matinée, les nids de résistance entraînent déjà des pertes : des canons de 88 mm embusqués détruisent trois Sherman du sous-groupement Massu (GTL), l’artillerie les réduira par ailleurs assez rapidement.  Le commandant Massu poursuit sa progression, ralentie par de fréquents accrochages, mais parvient à gagner la vallée de la bièvre dès 14 heures. L’aspirant Zagrosdski, dont le frère a été tué quelques jours plus tôt et qui a sollicité l’honneur de prendre sa place, progresse dans son sherman. Alors qu’il sort la tête de sa tourelle pour repérer et détruire un dispositif anti-char face à lui, un sniper embusqué l’abat d’une balle en pleine tête. En quelques jours, deux frères seront morts du haut d’une même tourelle, au même poste. De nouveaux accrochages, très violents, sont signalés dans le bois de Meudon où plusieurs chars Français sont détruits ou endommagés par des blindés ennemis camouflés. Malgré tout, la mission est accomplie avec beaucoup de percussion et le pont de Sèvres est atteint à 21 h 35.

Le sous-groupement Billotte (GTV) progresse sans rencontrer de résistance les deux premières heures de route, puis est accroché devant Longjumeau, mais la résistance trop sporadique des éléments est rapidement écrasée. La colonne s’enfonce dans la poche de résistance Allemande, vers la Croix de Berny. A Morangis et Wissous, les affrontements sont très rudes, les blindés et armes antichars causent plusieurs pertes aux troupes de Leclerc. Wissous ne sera forcé que par un tapis d’artillerie. Massy est défendu pareillement : ainsi, la compagnie du capitaine Buis sera bloquée durant cinq heures, avant de parvenir à forcer le verrou. A La Croix de Berny, le feu ennemi redouble d’intensité, le colonel Warabiot fait contourner les points de résistance vers Fresnes, mais la progression est stoppée à hauteur de la prison, que des prisonniers politiques Allemands ont transformée en citadelle. Le combat de rues est dès lors inévitable. La Croix de  Berny et Fresnes ne tomberont qu’à 19 heures. En fin de journée, la progression de la 2ème DB est conforme aux souhaits de son général, mais les hommes sont extenués (n’ayant pas dormi pendant deux jours), les réservoirs des chars sont vides, tout comme les soutes à munitions. 

25 aout 1944. un char Sherman M4A1 de la 2e DB dans Paris. Collection Pierre Molitor

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Ford AM8 Greyhound de la 4e DI dans Paris. Collection Pierre Molitor

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24 aout 1944. La foule acclame un sherman de la Division Leclerc. Collection Pierre Cournac.

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Magnifique et inédite photo du  "Chemin des Dames " (501 RCC, 3ème compagnie de combat,2ème section, matricule 420566, n° tourelle 41)

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"Dronne , filez sur Paris, entrez dans Paris, passez ou vous voudrez, dites aux Parisiens de ne pas perdre courage, que demain matin la division toute entière sera dans Paris ». 24 Août 1944, La Croix de Berny.


Le sous-groupement Billotte (GTV) progresse sans rencontrer de résistance les deux premières heures de route, puis est accroché devant Longjumeau, mais la résistance trop sporadique des éléments est rapidement écrasée. La colonne s’enfonce dans la poche de résistance Allemande, vers la Croix de Berny. A Morangis et Wissous, les affrontements sont très rudes, les blindés et armes antichars causent plusieurs pertes aux troupes de Leclerc. Wissous ne sera forcé que par un tapis d’artillerie. Massy est défendu pareillement : ainsi, la compagnie du capitaine Buis sera bloquée durant cinq heures, avant de parvenir à forcer le verrou. A La Croix de Berny, le feu ennemi redouble d’intensité, le colonel Warabiot fait contourner les points de résistance vers Fresnes, mais la progression est stoppée à hauteur de la prison, que des prisonniers politiques Allemands ont transformée en citadelle. Le combat de rues est dès lors inévitable. La Croix de  Berny et Fresnes ne tomberont qu’à 19 heures. En fin de journée, la progression de la 2ème DB est conforme aux souhaits de son général, mais les hommes sont extenués (n’ayant pas dormi pendant deux jours), les réservoirs des chars sont vides, tout comme les soutes à munitions. 

Entre temps, un premier contact a été pris avec les Parisiens assiégés. Leclerc a envoyé son piper-cub (petit avion de liaison) au dessus de la capitale, afin de faire parvenir un message écrit sur un bout de papier. Le « paquet » est réceptionné dans la cour de la préfecture. Sur le feuillet, les quelques mots de Leclerc font l’effet d’une bombe parmi ceux qui en prennent aussitôt connaissance : « Le général Leclerc me charge de vous dire : tenez bon, nous arrivons. Signé : colonel Crépin, commandant l’artillerie de la 2ème DB.  Malgré les encouragements lancés au peuple Parisien et les renseignements du lieutenant Petit-Leroy (envoyé par le général Chaban Delmas), il sait que la résistance Parisienne n’a pas les moyens matériels ni la formation militaire adéquate à de durs combats d’une part, tout en n’étant pas absolument convaincu du désir de reddition de Von Choltitz. Leclerc, pour ces raisons, souhaite pousser immédiatement sur Paris, mais en évitant les grands axes. Tout naturellement, il décide dont d’envoyer un élément de reconnaissance au contact des Parisiens. Le hasard voudra que Raymond Dronne soit le chef du détachement qui le premier, entrera dans la capitale et dans l’histoire. En effet, au même moment où Leclerc prend cette décision, le capitaine Dronne passe à sa hauteur, à la tête d’une partie de sa 9e compagnie du Régiment de Marche du Tchad. D’origine Sarthoise, Raymond Dronne est né à Mayet en 1908. Il l’un des premiers à rallier Leclerc, dès 1940, a été de tous les combats, grièvement blessé dans le sud tunisien. Il commande une compagnie composée de volontaires Espagnols qui ne le connaissent que sous le surnom « El Capitan ». D’un naturel peu conformiste, Dronne a baptisé sa jeep du curieux sobriquet de « Mort aux Cons », peu au goût du « patron », qui à plusieurs reprises lui a demandé de le retirer….sans succès. Depuis, il se borne à lui répéter souvent : » mais pourquoi voulez vous tous les tuer ? » Lorsque de Gaulle, le lendemain lira l’inscription, il fixera Dronne en déclarant dans un soupir : « …Lourde tache !.. »  Pour l’heure, Leclerc interpelle son officier : « Dronne, qu’est ce que vous faites là ? ». « …Mon général, je me rabats sur l’axe, j’en ai reçu l’ordre réitéré et formel »… La réponse du général est cinglante « Alors, c’est un ordre idiot… Il ne faut jamais exécuter les ordres idiots ».

Les consignes de Leclerc sont limpides : « Dronne , filez sur Paris, entrez dans Paris, passez ou vous voudrez, dites aux Parisiens de ne pas perdre courage, que demain matin la division toute entière sera dans Paris »… A 20 heures, le détachement s’ébranle : en tête, trois Sherman du 501e régiment de chars de combat : Le Montmirail, le Champaubert et le Romilly, éléments de la section du lieutenant Witasse, suivis d’une quinzaine de half-track et deux G.M.C du génie. Un peu moins de 150 hommes, guidés par Georges Chevallier, un jeune homme d’Anthony qui s’est spontanément proposé. Grâce au jeune guide, L’Haye les Roses, Cachan, Arcueil, le fort de Bicêtre sont rapidement dépassés. A 20h 45, le détachement Dronne entre dans Paris par la porte d’Italie. Après avoir cru à l’arrivée d’un détachement Allemand, puis Américain, les Parisiens se livrent à un accueil délirant, frénétique lorsqu’il apprenne qu’il s’agit des « Français de Leclerc ». Dronne et ses hommes sont submergés, happés, étreints par un foule en liesse, qu’il ont bien du mal  à écarter. L’officier Français décide de rejoindre l’hôtel de Ville, pour lui symbole de la souveraineté nationale. Guidés par Lorenian Dikran, les hommes de Dronne s’enfoncent dans la capitale par le pont d’Austerlitz et les quais de la Seine. Il est un peu plus de 21 h 20 lorsque l’Hôtel de Ville est enfin atteint.

Les véhicules sont disposés en éventail autour de l’édifice, prêts à repousser toute attaque Allemande. Dronne monte au premier étage du bâtiment, alors que s’y trouvent les états majors du conseil national de la résistance. La nouvelle de l’arrivée des troupes de Leclerc dans Paris se répand comme une traînée de poudre. Les cloches de églises de Paris se mettent à sonner, le bourdon de Notre Dame est entré dans la danse le premier. La joie est de courte durée pourtant car des rafales d’armes automatiques Allemandes dispersent la foule, lui rappelant que l’occupant est toujours présent. Après avoir rencontré le général Chaban Delmas, Maurice Dronne regagne son détachement, qui prend position pour la nuit.

Le 24 août 1944 vu par le général Von Choltitz

« Il ne faut pas croire que jouer le sort de Paris m’était facile. Les circonstances m’avaient contraint à un rôle pour lequel, je n’étais, au fond, pas fait. Souvent je fus en désaccord avec mes sentiements et je devais sans cesse penser aux franches relations que j’avais eues jusque là avec les soldats. Il serait absurde de croire que j’ai agi selon un plan préetabli. Il est vrai, je suivais une ligne générale, une règle fondamentale, mais je devais, par suite des changeemtns rapides de situation, prednred d’un moment à l’autre de nouvelles décisions. J’attendais une attaque massive de l’ennemi pour le matin du 24 août. Mais ce jour ne sembla pas devoir s’écouler d’autre façon que les précédents. De l’anneau extérieur ne parvenaient plus guère de messages, le réseau  téléphonique ne fonctionnait plus du tout, les liaisons entre les points d’appui et mon état-major étaient coupées. Des organes de commandement intermédiaires, il n’y en avait pas. On entendait à peine à cause de la distance, le bruit des combats. Aux portes de la ville, le fantassin brave mais mal équipé et l’adolescent du Service du Travail Obligatoire livraient courageusement leurs ultimes combats face aux divisions en nombre et en matériel ; c’était une lutte desespérée, comme le soldat Allemand eu à en livrer sur l’ensemble du front Ouest durant les derniers mois. Pendant que mes pensées, allaient, c’était compréhensible, surtout aux soldats du front, dans la ville s’écoula de façon plus calme que les précédentes. Il se passait de longs moments sans  coup de feu. Il était visible que les forces de la Résistance prenaient contact avec l’armée qui approchait..." EXTRAIT DES MEMOIRES DE DIETRICH VON CHOLTITZ 

Lettre d'ultimatum de Billotte à Von Choltitz datée du 25 août 1944. 

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Alors que Dronne est en poste statique devant l’Hôtel de Ville, Leclerc s’est installé dans des carrières à la Croix de Berny, à proximité de la route. Les groupement Billote et Dio sont étalés entre Bourg la Reine et Fresnes, le colonel de Langlade a stationné son unité au pont de Sèvres et ses abords. Pour la journée du 25 août, il s’agira de d’entrer par tous les moyens dans Paris en négligeant les grands axes. Le groupement Billotte se dirigera vers la préfecture de Police, sur l’itinéraire du capitaine Dronne. Deux sous groupement de Dio passeront un peu plus à l’est. Le premier détachement, aux ordres du colonel Rouvillois, se portera au Quai d’Orsay par la Gare Montparnasse, les Invalides et la chambre des députés. Le colonel Noiret commande le second et  empruntera les boulevards jusqu’à la Seine pour en tenir les ponts. Le groupement « L », enfin, marchera vers l’Etoile et la Place de la Concorde. A 7h 15 ce 25 août 1944, les colonnes s’ébranlent. Après une progression rapide, les premiers éléments blindés entrent dans la capitale vers 09h 00. Des accrochages se produisent au ministère des affaires étrangères et au palais Bourbon. Une section de chars y force une barricade isolant la place des invalides. C’est là que sera mortellement blessé le sous-lieutenant Bureau, au moment où il prévenait ses parents de son arrivée. A l’angle de l’Esplanade des Invalides et de de la rue de l’université, l’accueil réservé par les Allemands y est encore plus virulent. Le ministère prend feu, un Sherman est détruit.  Le détachement du colonel Noiret a plus de chance, sa progression n’est ralentie que par des réactions sporadiques. Le principal nid de resistance est à l’Ecole militaire ou 250 combattants sont encore retranchés. La porte de l’édifice est défoncée par un char, les troupes à pied renforcés par des FFI entreprennent le nettoyage des lieux, qui ne sera effectif qu’après une heure et demie de combats , parfois à l’arme blanche. Les quelques 200 survivants échapperont de justesse à la foule et au lynchage et ne devront leur salut qu’à la protection des hommes de Leclerc.

Ci-dessus, le char Sherman M4A2 ROMILLY, premier blindé Français à entrer dans Paris avec le détachement du capitaine DRONNE, le 24 août 1944 dans la soirée. Il est commandé par l'adjudant CARON qui sera tué au combat le lendemain.

Le groupement de Langlade est parti en retard à la suite de problème d’approvisionnement et après avoir, dans la nuit, repoussé une attaque Allemande, l’ennemi laissant sur place 40 morts et 20 blessés. De petits détachement nettoient Puteaux et Boulogne Billancourt, où une colonne de 25 camions est totalement détruite alors qu’elle prenait la fuite.  Avenue Kléber, un important détachement ennemi se retrouve nez à nez avec une section de Sherman sans avoir décelé son arrivée. Les salves de 75 mm transforment rapidement la colonne en brasier.Le colonel Billotte conduit son groupement dans Paris sans incident majeur. Il est à la prefecture dès 8h30. On lui explique que le général Von Choltitz semble disposé à se rendre et qu’il est nécessaire de prendre contact avec lui très rapidement. C’est ainsi que le colonel Billotte rédige à 14 h00  un document  de demande de reddition, où il s’accorde le grade de « géneral », lui conférant davantage de valeur (ce qui ne sera pas totalement usurpé, puisqu’il le sera peu de temps après). Cette demande est portée au commandant du Gross Paris par le consul Nordling, accompagné du commandant de la Horie.

La délégation est reçue par le Capitaine Fuchs, qui se charge de remettre la missive au lieutenant Von Arnim, aide de camp de Von Choltitz. Alors que les redditions se poursuivent en de nombreux points de la capitale, le commandant du Gross Paris accepte les exigences Françaises, à condition que l'hôtel Meurice, encore défendu par un demi bataillon de 200 hommes, tombe avec les honneurs, c'est à dire après l'échange de principe de quelques coups de feu. L'assaut de l'édifice est donné à 14h 30 : le sous-groupement Warabiot attaque en trois colonnes, l'une en direction des Tuileries, la seconde vers l'Avenue de l'Opéra tandis que la dernière, positionnée au centre, s'emparera directement de l'hôtel Meurice. En ce dernier point, la resistance est beaucoup plus dure que le combat de principe proposé par le général Allemand. Finalement, les points de resistance tombent les uns après les autres. Aux Tuileries, 6 blindés dont 1 Panther et unr vingtaine de camions sont détruits. 160 véhicules et 350 hommes sont par ailleurs capturés. A l'Hôtel Meurice, Le lieutenant Karcher est le premier officier Français a prendre contact avec Von Choltitz, qui accepte de déposer les armes. Il consent à prendre place dans le véhicule du colonel Billotte avant d'être vertement interpellé par celui-ci :"Vous avez dit baroud d'honneur... Or j'ai perdu trop de monde pour un baroud d'honneur. Vous n'avez pas respecté la convention. Je ne sais pas ce que je vais faire de vous (NDLR : en fait, la 2ème DB a perdu 5 hommes, compté 16 blessés et un disparu lors de la prise du PC Allemand) .

26 aout 1944. le général de Gaulle s'impose en homme fort de la France qui se libère. Désormais, les alliés devront composer avec la nouvelle figure emblématique de la Libération.

Pendant ce temps, le général Leclerc a établit son PC,  à la gare Montparnasse, ce en début de matinée et se trouve à la prefecture de Police lorsqu'il prend acte de la reddition Allemande. Von Choltitz est finalement conduit en ces lieux vres 15 heures. 12 hommes assistent à la capitulation officielle Allemande, dont le général Leclerc, Chaban-Delmas, Rol-Tanguy et le colonel Billotte. L'acte de reddition sera pour sa part signé à 16 h15, à la gare Montparnasse, ce 25 août 1944. Paris est libéré, par une unité Française, mais les combats dureront en réalité jusqu'au 28 août. La Division Leclerc aura perdu 130 hommes alors plus de 300 seront blessés. Les FFI denombreront environ 500 tués et 1000 blessés. Enfin, la population civile n'aura pas été épargnée : 400 personnes sont mortes, 5500 ont été blessées. Paris aura payé un lourd tribut à la liberté. Le 26 août 1944, la Division Leclerc descend les Champs-Elysées, acclamée par une foule en liesse. Le lion du Fezzan vient d'écrire l'une des plus belles heures de gloire de son unité, non sans un dernier accrochage avec le général Gerow. L'officier Américain refusa en effet de mettre la 2ème DB à la disposition du Général de Gaulle qui souhaitait faire défiler les hommes de Leclerc dans Paris libéré. Permission refusée, sans ménagement. De Gaulle, fidèle à son franc-parler déclarera simplement : "Gerow, je vous confie ma division. Permettez que je la reprenne quelques heures". 

Remerciements
A Mrs Pierre Cournac et Pierre Molitor, pour le prêt et l’exploitation des photos tirées de leurs collections personnelles.